Monographie de 1885

A l’occasion de l’exposition universelle de 1900, le ministère de l’instruction publique a demandé aux instituteurs de réaliser une monographie de leur village.

Celle de Mondavezan a été produite en 1885, vraisemblablement par Jean Lacaze, 58ans ( à moins que ce ne soit par Firmin Roquabert, 26 ans).

Alain Rivella nous a transmis ce document qu’il s’est procuré  aux Archives départementales ( Haute Garonne-BR n° 238) .

 (Dans la transcription, nous avons ajouté des cartes postales, des repères en italiques et mis en gras des éléments qui nous ont paru intéressants .) 

 

 Présentation

La commune de Mondavezan, une des plus importantes du canton par l’étendue de son territoire est limitée :

1° au Nord, par les communes de Montoussin et Fousseret;

2° A l’Est, par celle de Cazères;

3° Au Sud, par celles de Palaminy et Martres;

4° Et à l’Ouest par celles de Sana, de Lescuns et de Francon.

Cette commune est distante :

1° de Cazères, son chef-lieu de canton de 6km 100m,

2° de Muret, son chef-lieu d’arrondissement, de 37km,

3° de Toulouse, son chef-lieu de département de 57km.

Le territoire de la commune, qui est de 2107 ha comprend :

1° au midi : une immense plaine presque entièrement consacrée à la culture des céréales.

2° au centre, un vaste plateau sur lequel est bâti le village et dont le versant sud est à peu près couvert de vignes.

3° au nord du plateau, un coteau boisé à sa cime et à son versant nord, lequel se termine par des terres labourables contigües à la vallée de la Louge, vaste prairie de 130 ha soumise à la vaine pâture*.

*(droit de faire paître son bétail après la récolte)
 
 

Le village et la minoterie *

( *aujourd’hui centrale électrique et service des eaux)

   
                                                              Les paysages

Vue du midi, cette commune a un aspect assez gai, elle a la forme d’un amphithéâtre à trois degrés à peu près égaux; vue du nord, elle accuse le voisinage des montagnes.

Le plateau sur lequel est bâti le village domine la plaine de la Garonne. On y respire un air pur et l’oeil y jouit de l’horizon le plus étendu et le plus varié.

Au midi, on a devant soi une plaine d’une largeur d’environ 8 kilomètres; à la suite, des chaînes de coteaux, de collines et de montagnes qui vont se perdre dans les Pyrénées.

A l’Ouest, cette belle gorge de Saint-Martory qui permet de distinguer depuis les coteaux de Figarol et du Laudary jusqu’aux montagnes les plus élevées.

Les sols

La commune n’est pas riche en roches et minerai, mais ses coteaux renferment dans leur sein des mines de marne qui ont fait l’aisance d’un pays où poussait à peine autrefois l’avoine et le seigle.

* (Voir plus loin le § sur la transformation du  sol)

L’eau

La plaine est traversée par la route nationale 125 et par le canal d’irrigation de St Martory. La commune a, peut-on affirmer, tous les désagréments de ce canal, mais ne peut, en raison de la nature du sous-sol et du peu de pente des terres arrosables, en retirer qu’un très faible avantage.

Pourtant l’eau manque dans la commune; on n’a pour toute eau potable que l’eau de puits, souvent très profonds, et pour abreuver les animaux, que l’eau recueillie dans les mares par temps pluvieux, et presque toujours à sec pendant la saison d’été.

La population

Mondavezan compte 193 maisons d’habitation et une population de 793 habitants:

89 maisons comptant 329 habitants forment le village.

12 maisons comprenant 50 habitants forment 3 hameaux dans la plaine.

8 maisons comprenant 47 habitants forment 2 hameaux à l’extrémité nord-est du plateau.

6 maisons comprenant 23 habitants forment un hameau dans la partie boisée.

Les autres 78 maisons comprenant 347 habitants sont toutes comme jetées ça et là sur les divers points de la commune .

 

Le centre commercial*

(de l’époque! actuellement, au fond, la boulangerie)

                                                     Administration
 

Mondavezan dépend de la perception de Cazères et du bureau des postes et télegraphes de Martres.

Le centime de franc de la commune produit 01fr et les revenus ordinaires consistent en centimes additionnels, plus 18… de rentes sur l’état.

La commune est administrée par un maire (M.Vidal) et un adjoint (M.Baqué). Elle compte 12 conseillers municipaux parmi lesquels le maire et l’adjoint sont choisis. Religieusement, elle est desservie par un curé car la population est toute catholique.

Les activités humaines

Le pays est essentiellement agricole : pas d’industrie, pas de commerce, pas de marché, de l’agriculture, voilà tout. Seulement les bras commencent à manquer parce que la jeunesse émigre vers les villes, et cette désertion de la campagne commence à inquiéter l’agriculteur.

Les principaux produits de la commune consistent en froment, avoine et fourrages. On y cultive aussi mais en petit, le millet et la pomme de terre.

En dehors de la propriété, les agriculteurs se livrent encore à l’élevage de bestiaux tels que : mules, mulets, veaux de boucherie, brebis et moutons, porcs, etc…

Vigne

Mondavezan n’est pas un pays vinicole, c’est tout au plus si la récolte dépasse d’un tiers la consommation nécessaire à ses habitants.

Le phyloxéra fit, il y a 2 ans, son apparition à la limite est de la commune. Les sujets furent immédiatement traités, les souches séchèrent et depuis lors aucun voisin ne s’est plus plaint de ce terrible fléau.

Bois

L’essence qui domine dans les bois de la commune est le chêne. Il n’y a ni bois communaux, ni bois de l’état : toute la partie boisée appartient aux particuliers.

Usines

 La commune possède seulement un moulin à farine et une scierie.

Voies de communication

91 chemins sillonnent la commune :

1° la route nationale n°125,

2° la route départementale n° 35,

3° le chemin de moyenne circulation n°48,

4° 4 chemins vicinaux ordinaires

5° et 83 chemins d’exploitation rurale.

Pour se rendre au canton, les moyens de transport manquent totalement : on n’a que les voitures des particuliers; mais, arrivés à Cazères, on peut se rendre au chef-lieu d’arrondissement et au chef-lieu du département par la voie ferrée.

Rue du Tapiau ***

(*** Le chêne que l’on peut voir sur cette carte postale à côté du presbytère était le rendez- ­vous des jeunes dans les années 1900. Le curé de l’époque avait fait faire un jeu de quilles par le chaisier Gilis et venait avec les jeunes, le soir, après les vêpres, jouer sous cet arbre. Plus tard, les premiers concours de pétanque se dérouleront sur ce même lieu. )

Enseignement

La commune n’avait pas de maison d’école. Depuis 1882, elle a fait construire un groupe scolaire qui comprend:

1° Pour les garçons, deux vastes salles construites conformément aux prescriptions ministérielles.

2° Pour les filles, une salle de classe ayant la dimension des deux premières.

3° deux préaux couverts, un pour les garçons et un pour les filles;

4° deux cours, une pour chaque sexe;

Quatre appartements, une cave et un jardin pour chacun des maîtres titulaires.

Deux appartements pour l’instituteur adjoint. Au rez-de-chaussée, les habitations de l’instituteur et de l’institutrice sont séparées par la salle des délibérations du conseil municipal.

L’école est fréquentée depuis fort longtemps par tous les enfants de la commune et ce qui le dit bien plus haut que je ne saurais l’exprimer moi-même, c’est qu’aucun conscrit de la dernière classe n’est illettré et que tous les conjoints, nés dans la commune, ont signé leur acte de mariage à l’exception d’une seule épouse.

La commune possède depuis 1881, une bibliothèque populaire comprenant 76 ouvrages. Elle a été créée au moyen de souscriptions volontaires recueillies par l’instituteur.

 

Traces du passé

Après avoir décrit la commune telle qu’elle est aujourd’hui, voyons ce qu’elle était autrefois.

D’après les anciens, Mondavezan vient de « montes avium » « monts des oiseaux ». Ce nom propre s’est d’abord écrit Mont-avezan; plus tard Montdavezan, enfin on a supprimé le « t ». Le pays en effet est très giboyeux et devait l’être plus encore avant que la plaine et le plateau n’eussent subi les transformations dont nous parlerons plus bas.

Mondavezan a dû être dans les temps reculés, une ville d’une certaine importance. Ce qui autorise cette supposition, ce sont les restes de vieux murs avec de larges et forts piliers formant portes d’entrée et de sortie, le tout entouré de fossés de plus de 10 mètres de largeur.

A l’intérieur, des fondations épaisses et rapprochées; une ruelle étroite et pavée avec avancement au premier étage des maisons comme on en construisait avant l’établissement des communes.

Tout près et à une certaine profondeur, un four de poterie,etc…

Cette partie du village porte le nom de « Vielle » diminutif probable de vieille ville.

Un peu plus en amont du village, il y avait une grande et vieille construction crénelée à côté de laquelle on remarque aussi des fondations de piliers de porte épais comme les premiers de 1,50m. Entre les piliers et le bâtiment, il y a une distance d’environ 40mètres.

Aujourd’hui, le chemin de moyenne communication traverse cet espace, et les voyageurs qui prêtent une oreille attentive remarquent qu’avant d’arriver aux piliers, le sol résonne sous leurs pas comme s’ils étaient sur une voûte. Pourquoi cela? Personne ne le sait. Pour en connaître la cause, il faudrait pratiquer des fouilles.

Personne ne sait comment ni par qui cette ville a été détruite, mais ce qui prouve que de grands bouleversements ont eu lieu dans le temps, ce sont les nombreux ossements humains, les restes de constructions et les couches de cendres que l’on retrouve dans le village à une certaine profondeur.

J’ai dit quelques mots sur la partie que l’on considère comme ayant été ville autrefois, mais les autres parties de la commune ont eu, elles aussi des châteaux.

La plaine en comptait deux, celui de Petit Bon et celui de Baluet dont les ruines ont disparu lors de la construction de la route nationale n° 125.

Une légende se rattache au premier.

On raconte, qu’après la défaite de Poitiers,un certain nombre de Sarrazins se fixèrent dans notre pays, et qu’un d’entre eux se rendit maître du château de Petit Bon.

Les rois de France leur ayant plus tard déclaré la guerre, les Sarrazins prirent la fuite. Seul, celui qui occupait le château de Petit Bon ne bougea pas. Mais trahi et découvert, son château fur assiégé et il eut à se défendre. En présence du danger, on raconte qu’il se multiplia, paraîssant tantôt à une ouverture, tantôt à une autre, mais toujours sous un costume différent, afin de faire croire aux assiégeants que le château comptait plusieurs défenseurs.

Le château fut, dit la légende, très long à prendre, car il était entouré de larges fossés et le siège dura jusqu’à ce que le Sarrazin épuisé et manquant de tout se rendit à merci.

Sur le plateau, et un peu à l’écart du village, il y avait aussi le château du Castéras dont on ne connaît que l’emplacement.

Transformation du sol

Cette plaine si belle et si fertile aujourd’hui était couverte de forêts où erraient, dit-on, des animaux sauvages. Le versant est du coteau, c’est-à-dire la plus mauvaise aujourd’hui, était à peu près la seule cultivée. La partie convertie actuellement en vignes était boisée comme la plaine, son défrichement ne remonte pas au delà de 200 ans.

Longtemps après leur défrichement, les coteaux et la plaine demeurèrent presque improductifs. La terre était si froide que le seigle même y venait fort mal.

Vers 1745, un agriculteur hardi essaya de l’amender en y mélangeant de  la marne. L’expérience ayant réussi, les habitants de la commune suivirent son exemple et vers 1835, il ne restait plus de terres à marner dans la commune.

Période de la révolution française

Avant la révolution française, la commune dépendait des seigneuries de Lavelanet, de Montoussin et du chapitre de Sant Gaudens.

On ne trouve rien dans les archives qui constate ce qui s’est passé dans ces temps-là. Le seul renseignement que j’ai pu recueillir, c’est que le bâtiment destiné à recevoir les dîmes et appartenant au chapitre de Saint Gaudens, fut vendu par adjudication le 6 mars 1791.

Aujourd’hui, ce bâtiment est devenu la grange** du presbytère*.

(* Le presbytère a été transformé en 4 appartements. **     : actuellement, les ateliers municipaux.*)