L’ECOLE en 1914

Texte écrit par Christiane Loumagne dans le Finestrou n° 27 de juin 1989 d’après le récit de François Bacqué.

LE COSTUME

Au début des années 1900, les petits écoliers de l’école primaire s’habillent comme tous les garçons en âge scolaire. La culotte noire descend au dessous des genoux. Le long tablier de coton noir recouvre la chemise également de coton, à manches longues. Les chaussettes mêmes, elles aussi en coton montent jusqu’aux genoux.

Les galoches( petits sabots de bois, en noyer ou en ormeau) servent d’unique paire de chausssures. Le soir, de retour à la ferme, on les bourre de paille fraîche pour avoir les pieds au sec.

Une longue et large pèlerine noire, à capuchon de lainage, est offerte à l’enfant dès son arrivée dans la première année scolaire. Cet unique manteau d’hiver tombe aux chevilles. Ils le revêtiront au long des années de classe, jusqu’à la fin des études et au-delà même, jusqu’à son départ pour le service militaire.

Tous les élèves, du plus petit au plus grand, portent sur la tête le béret noir. L’hiver, également, les enfants enfilent sur leurs mains les « mitaines »de laine, tricotées à la maison.

LE TRAJET

François s’habille comme tous les petits écoliers de France. Il se lève de bon matin en ces années 1912 -1914. Ni les cars de ramassage, ni les voitures particulières ne sont à la disposition des enfants scolarisés à cette époque.

Avec deux sacs en bandoulière, en route pour 4 kilomètres de marche à pied, et dans la nuit en hiver, la rentrée étant à 8 heures, sans changement d’horaire comme de nos jours. Seul, jusqu’au bas de la côte, le jeune écolier est rejoint par Jean, Marie-Louise, Jean, Caroline et Philippine.

Rencontrant en cours de route Monsieur le curé ou Monsieur le Maire ou tout autre personnalité du village, les garçons « mettent chapeau bas », retirent leur béret et les filles s’inclinent pour saluer.

Par tous les temps, les enfants de cette école primaire construite en 1880 à Mondavezan vont faire le chemin deux fois par jour, à pied, dans leurs sabots de bois.

LE CARTABLE

Heureusement les sacs ne sont pas trop lourds, surtout celui en toile, du repas de midi. Les cartables en carton, portés en bandoulière pèsent beaucoup plus. Dans les familles plus aisées, le cartable de cuir, dont le rabat était garni de deux fermetures en cuivre, remplaçait le cartable en carton. Ce cartable, de cuir ou de carton suivra l’enfant dans toute sa scolarité, obligatoire jusqu’au certificat d’études primaires.

Chaque cartable contient les livres de grammaire, histoire, géographie, arithmétique, 2 de lecture et trois cahiers: de brouillon, de lecture et le cahier spécial pour la morale et l’instruction civique. Tous sont recouverts de papier bleu foncé. Chaque élève fait ce travail, colle ensuite une étiquette sur laquelle il inscrit son nom, son prénom et la matière du livre et du cahier. Le cartable contient aussi un crayon à mine de plomb, un porte-plume à plume sergent-major, un plumier en bois, une gomme.

LES MAITRES

Il existait un cahier d’appel. Chaque élève, à son tour était nommé. Alors l’enfant se levait de son banc, croisait les bras et répondait « présent » bien clairement, puis se rasseyait.

Quand l’inspecteur venait, l’instituteur lui présentait entre autres ce cahier, sur lequel il avait marqué les présents et les absents.

Monsieur Roquabert, le directeur des garçons, accueille ses élèves à l’arrivée. Mademoiselle Roussille avait les grandes filles et Mme Pratveil les petites. Les filles allaient à droite et les garçons à gauche. Un mur central séparait les uns et les autres et même pour les récréations, on ne se mélange pas.

Il existe trois classes : cours préparatoire, cours élémentaire et cours moyen. Les plus jeunes ont six ans. La période scolaire s’étend de début octobre au 14 juillet.

L’ECOLE

L’école est en briques rouges. Le mur central qui sépare les deux cours de récréation est sans ouverture. Sur ce mur, un puits mitoyen est muni d’une pompe en fonte de chaque côté.

Les classes sont claires, avec de grandes fenêtres vitrées. Les bâtiments présentent une physionomie extérieure presque semblable à celle de nos jours. Un mur longe chaque côté des cours de récréation jusqu’à la route et une grille ferme l’école en façade.

A l’intérieur, un grand tableau noir décore le fond de la classe. Devant trône, sur une estrade, le bureau du maître. Les élèves s’installent par deux à une grande table à laquelle est accrochée le grand banc de bois clair. Ce banc à petit dossier fait toute la longueur; chaque table est composée de deux bureaux en pente, dont le dessus individuel se soulève pour déposer dans le casier le matériel scolaire. En haut du pupitre, une étroite bande est plane. Une partie de la planche est creuse pour recevoir la petite règle en bois, le crayon à papier et le porte-plume. A droite de ce plumier, un trou dans lequel repose un petit pot droit en faïence, blanc à bords arrondis. Cet encrier est rempli d’encre noire.

L’ECRITURE

S’appliquer à écrire à la plume est bien difficile pour les petits élèves. Les tâches d’encre remplissent les doigts et les premières pages des cahiers. Puis l’écriture ronde ou anglaise devient harmonieuse et, enfin voici de belles pages d’écriture.

Pas un chant n’est appris à l’école, sauf quelques chants patriotiques pendant la guerre.

« Petit papa, c’est aujourd’hui ta fête

Maman m’a dit que tu n’étais pas là

J’avais des fleurs pour couronner ta tête

Un doux baiser pour apaiser ton coeur

Petit papa, petit papa………………… »

LES ELEVES

Les élèves sont assez nombreux : 25 à 30 garçons et autant de filles. Dans chaque classe, en plein milieu, domine le poêle à bois, rond en fonte. Tous les matins, chacun son tour, quel que soit son âge, un élève allume le feu. C’est la mairie qui fournit le bois de chauffage pour l’hiver.

En arrivant en classe, la date du jour est inscrite au tableau, ainsi qu’une pensée ou un proverbe, tel celui-ci:

« La parole est d’argent, le silence est d’or »

LA LECON

Tous les matins, les élèves récitent la leçon du cahier spécial, qu’ils ont dû apprendre, la leçon de morale et d’instruction civique.

Un jour, l’affaire des gaules a bien fait rire le maître mais pas le zélé fabricant de gaules. Celui-ci, chez lui, passe tout son jeudi (c’est le jour de repos des élèves) à fabriquer des gaules. Il coupe des branches de cognassiers, flambe ses bâtons pour les peler; ainsi les badines restent très droites et très rigides. Habituellement, on utilise les branches de palmiers de la haie devant l’école. Les gaules servent à frapper le bout des doigts des élèves pour les punir. Notre écolier tout fier, apporte donc ses gaules le vendredi matin. Mais sa fierté cède bientôt la place à l’amertume, car c’est lui qui étrenne ses gaules! Cependant, je gage que ce jeune fautif, qui deviendra gendarme, ne fut pas le dernier à subir la punition.

LES REPAS

A onze heures, le maître rentre chez lui pour le repas, ferme la porte de l’école à clé. Il n’a pas besoin d’aller bien loin puisqu’un logement situé dans le bâtiment de la mairie voisine lui est alloué, ainsi qu’un jardin qui jouxte les classes.

Les écoliers du village repartent dans leur famille pour manger. Rares sont ceux qui se rendent chez l’habitant, comme chez Carmorire, le charron, pour y prendre le repas.

François habite trop loin pour rentrer chez lui. Son « dîner » se passe sur un siège, un grand banc posé devant l’école qu’il rentre dans la cour avec ses copains. Il sort de sa musette une rouelle de saucisson, un morceau de miche de pain et une bille de chocolat. Il boit un quart de vin rouge et se désaltère à l’eau claire de la pompe. Voilà son repas.

Les copains et le maître reviennent à une heure et les cours reprennent jusqu’à quatre heures.

LA RECREATION

Pendant les récréations, les jeux varient selon les saisons. La cour de récréation, en terre battue, est entourée de deux rangées d’acacias taillés en boule, de chaque côté de la cour intérieure. Plantés là, ils apportent de l’ombre bienfaisante pendant les jeux, s’il fait chaud. Les élèves s’amusent aux billes ou à la corde. Ils aiment aussi beaucoup la balle au camp : deux équipes s’affrontent avec une balle de chiffon. Jamais de ballon ni de jeux de cartes. Par contre, chaque écolier a sa toupie en bois dans sa poche et la sort pour jouer. François apporte son pistolet en bois mais un jour, « Monsieur » le surprend en train de jouer à un moment inopportun. La punition est sévère car le pistolet est jeté par l’instituteur dans le trou des toilettes : Ce lieu bien nécessaire est « moderne » dans cette école: le rond d’aisance, sans siège, habituellement percé dans le bois, a été confectionné dans la pierre.

LA COUTUME

Notons une coutume de l’époque. Parfois, l’instituteur donne à un élève l’autorisation de quitter la classe pendant une heure pour aller servir la messe, à l’occasion d’un mariage ou d’un enterrement, ou encore d’une manifestation religieuse du village.

A la Saint-Roch, par exemple, les habitants vont à la messe et mènent leurs animaux jusque devant le parvis de l’église. C’est une longue file le long des routes aboutissant à l’église. Monsieur le curé, goupillon à la main, passe au milieu des routes et bénit toutes les bêtes.

Une autre fête religieuse très populaire était celle des rogations. De petits autels sont dressés au carrefour des chemins. Monsieur le curé, les enfants, les parents, un grand nombre de paroissiens de tous âges forment une procession, prient et chantent. En cette période précédant l’Ascension, cela permettait d’appeler la bénédiction de Dieu sur les produits de la terre. Cela se renouvelle pendant trois jours. On s’arrête un instant devant chaque autel et chaque calvaire rencontré en chemin.

LE SOIR

A quatre heures, en sortant de l’école, François a des devoirs à faire et des leçons à apprendre à la maison: problèmes, lecture, récitation…...

Mais, sa journée n’est pas finie. Au retour à la ferme, jusqu’à la nuit, il doit garder les cochons, les oies (las haouccos) ou les dindons ( lous perrots) . En avril, il passe le licol à la jument pour aller dans la vigne. Avec d’autres enfants, il va ramasser les sarments pour en faire des fagots (echermenta la bigno). Quels vaillants petits hommes!

Christiane Loumagne. Le Finestrou N° 27 de juin 1989