L’école après 1960

 

 

Dans les petits villages comme Mondavezan, les cours étaient donnés par un couple d’instituteurs qui logeait près des écoles. Dans notre commune, ils habitaient là où il y a aujourd’hui le secrétariat de la mairie. L’homme dirigeait les plus grands et sa femme les petits. L’instituteur Laurent Boyer qui a occupé avec sa femme l’école de Mondavezan de 1952 à 1964 nous raconte.

Nous sommes arrivés à Mondavezan le 1°octobre 1952 venant l’un de Couledoux, l’autre de Ger de Boutx car ces deux écoles déshéritées étant refusées par les maîtres intérimaires, on y bombardait les jeunes normaliens à la sortie de l’Ecole normale.

Nous sommes donc arrivés à Mondavezan en vélo.

C’était là notre seule richesse. Monsieur Loubens, le père de Roger et André a eu cette réflexion très imagée. Il a dit à sa voisine en nous voyant passer : « Qui soun aqueris dus gafets ? » (Qui sont ces deux jeunes?) « Soun les nouvelis regens. »(Ce sont les nouveaux maîtres) « Aï, paouris dellis, que se le van minga toutis vius ! »(Ah! Les pauvres, ils vont les manger tout vivants!)

Nous avons immédiatement été très bien accueillis par une population très ouverte et des enfants charmants, ce qui nous a réconfortés.

Nous avons organisé l’école en deux groupes mixtes. J’ai pris le CM1, CM2, Fin d’Etude 1, Fin d’Etude 2 auxquels s’est rapidement ajoutée une dernière année (préparation aux centres d’apprentissage). Mme Boyer avait le CP, CE1,CE2 et la classe enfantine car nous faisions 2 rentrées pour les petits : une en octobre, l’autre après les vacances de Pâques.

Nous devions également organiser un tableau de services car l’école rurale de 1950 ressemblait beaucoup aux écoles de 1900. Il incombait aux élèves de faire certains travaux d’entretien (ramasser les papiers, allumer le poële, nettoyer les WC, balayer la cour, soigner les parterres de fleurs et les arbrisseaux que nous avions devant les classes) la balayeuse, Mme Volpatti Isoline ne balayant la classe que les mercredis et les samedis.

Désirant une bonne réussite aux divers examens, j’ai organisé le soir, après la classe, une heure de répétition gratuite et facultative où nous nous familiarisions avec le calcul mental, les problèmes,les dictées et questions. Dès le mois d’avril, nous faisions aussi des révisions gratuites le matin avant la classe pour la préparation au certificat et au concours d’entrée en 6°. Dans mon adolescence, j’avais été frappé par une phrase d’un de mes professeurs qui disait : « Bonjour, merci,pardon, sont trois clefs qui ouvrent bien des portes. » J’ai voulu en faire profiter mes enfants, aussi j’étais très pointilleux quant à la politesse. Comment ne pas être très attaché à la politesse dans un village où tous les adultes étaient très polis. J’en veux pour preuve quelques exemples fournis par certaines personnes que je côtoyais assez régulièrement. M.Doméjean Charles, grand-père de Michel et Michèle, qui chaque fois qu’on bavardait ensemble, mettait son chapeau sur sa poitrine. Pas moyen d’obtenir de lui qu’il se recouvre.

Mr Escalas, qui passant en voiture, saluait chapeau bas tous les bambins qui lui disaient bonjour. Mrs Lagarrigue, Pulou, Loubens père, Blanchard père, Turbide père et Sarrère et bien d’autres qui ne savaient pas saluer sans enlever le béret. Vous voyez que dans ces conditions, il était tout à fait normal d’exiger de la politesse de la part de nos enfants.

Très vite, avec Mme Boyer, nous avons éprouvé le besoin d’avoir une bonne bibliothèque scolaire. La nôtre était vraiment pauvre de quelques vieux livres démodés et en piteux état et, de ce fait, peu encourageants à lire. Il fallait donc trouver de l’argent. Je me suis souvenu qu’à Saleich, passait le chiffonnier de Mane qui achetait peaux de lapins, duvet, plumes, chiffons, laine etc. Je lui ai donc demandé s’il m’achèterait les soies du porc : « Bien sûr, m’a-t-il dit, car c’est un produit très recherché ! » L’argent était trouvé. Il fallait agir. C’est ainsi que tous les élèves ont, chaque année, récolté les soies de porc que nous faisions sécher; nous en avions 2 ou 3 gros sacs et très vite nous avons eu un très beau choix de livres adaptés aux âges de nos élèves : 150 livres, Bibliothèque rose, verte et rouge et or pour les grands, 100 albums et livres pour petits.

Classe 1964-012

 

ECOLE MONDAVEZAN 1963-1964

Haut:Célestin CIALDINI- Danielle TODESCHI- Rose-Marie ABADIE- Claude ZANCONATO- Paulette BAYLAC- Suzanne PAULY- Jean MORERE- Claudine DAVEZAC- Michel BARTHE

Second rang:Laurent BOYER- Liliane GROS- France LASSERRE-…………………- Alain ZANCONATO-Josette DUCLAIR- Gilbert LERO- Germaine ZANCONATO- Pierre SUDERIE- Jean-Pierre GOYER

Troisième rang: Chantal CAZENEUVE- Maryse VIDAL- Alain BOYER- Guy PAULY- Martine DELAS- Alain TURBIDE-Annie DOMEJEAN- Yves GROS- Francette BLANCHARD- Michel DOMEJEAN

  samedi  après-midi de 1960 à 1964

Mon fils, Boyer Alain, élève de l’école de Mondavezan de 1960 à 1964, tient absolument à ce que je raconte notre après-midi d’école du samedi.

Le samedi donc, on réunissait tous les garçons dans la classe des grands où ils avaient droit à une initiation au dessin, tandis que les filles, chez Mme Boyer, s’entraînaient à la couture car il y avait au certificat, une épreuve de dessin pour les garçons et de couture pour les filles. Ensuite, nous procédions à une permutation, les filles faisaient dessin et les garçons travail manuel chez Mme Boyer. Durant ces deux rotations, les élèves pouvaient échanger leurs livres de bibliothèque. Avant la récréation, tous les élèves réunis en chorale apprenaient des chants sous la direction de Mme Boyer car il y avait une épreuve de chant au certificat.

Après la récréation, nous allions tous au « pré commun » pour le sport collectif.

Mme Boyer s’occupait des filles ( balle au camp, relais, etc) je m’occupais des garçons pour l’initiation au foot car Mondavezan ayant une bonne équipe de« foot » il fallait entraîner les jeunes à ce jeu et susciter des vocations pour alimenter l’équipe des grands, ce qui fait que grand nombre de mes élèves ont pratiqué ce sport. La journée terminée, nous prenions 10 minutes de repos; alors, telle une volée de moineaux, mes enfants s’en allaient chez Mme Roques quérir un petit pain tout chaud ( petit pain dont le souvenir est inoubliable) qu’ils dégustaient immédiatement. Après cela, ils avaient droit à une heure de répétition.

 

LA CANTINE SCOLAIRE

Comme nous l’avons déjà dit, la cantine scolaire de Mondavezan a été créée en 1959 à l’initiative des instituteurs, Laurent et Jeanine Boyer. Mais laissons parler Monsieur Boyer.

« Sous l’impulsion de Madame Artaud, nous avons eu l’idée de monter une cantine scolaire. Un grand nombre d’enfants très éloignés de l’école, 2, 3 kilomètres et plus pour les quartiers de La Tuilerie, La Bastisse, La Plaine, Peyrotes et autres, apportaient leur gamelle et mangeaient à l’école où la surveillance ne pouvait être assurée d’une façon très rigoureuse. Je n’ai jamais eu un problème avec eux durant l’interclasse et je les en remercie. Ces élèves étaient très disciplinés et très responsables.

Madame Boyer avait un gros travail après la récréation, car elle portait toutes ces gamelles sur notre propre cuisinière pour maintenir au chaud tous ces petits repas. Elle faisait aussi cuire un œuf ou rissoler un bout de viande. C’était folklorique et enthousiasmant.

Madame Artaud donc est venue me trouver et m’a convaincu que cela ne pouvait plus durer.

Nous sommes allés voir Monsieur Penent, le maire de Mondavezan, qui nous a donné le feu vert, nous a dit que la municipalité payerait la gazinière mais que pour le reste il faudrait se débrouiller. Pour le local nous avons utilisé une classe désaffectée mais bien délabrée que nous avons remise en état. Monsieur Franco a refait bénévolement un morceau de plancher, nous a placé un évier. J’ai fait faire par le menuisier de Saleich que je connaissais deux grandes tables et quatre bancs. Nous pouvions démarrer. Nous étions dans le flou complet. Nous avons débuté avec 22 élèves. Madame Boyer et moi-même nous nous sommes attelés à dresser des menus équilibrés et au plus juste prix (nous évaluions même le prix du sel) et nous nous sommes mis d’accord avec Madame Artaud pour faire payer le repas 75 centimes. Très vite le nombre des adhérents a augmenté; nous sommes montés à 40, 50 et même 75 l’année où nous avions 83 élèves , année où nous avions accueilli les élèves de Sana. Nous étions sauvés. Jusqu’en 1964, les enfants ont toujours payé la cantine 75 centimes. Il faut dire que nous étions très aidés par tout le monde. D’abord, nous avons eu la chance d’avoir de très bonnes cuisinières: Madame Cazac d’abord puis sa fille Madame Franco qui nous faisaient une cuisine familiale fort appréciée de tous. Une anecdote: m’étant informé auprès de Monsieur Dedieu, cuisinier, de la quantité de macaroni qu’il fallait compter par enfant, il a fallu que je triple cette quantité; c’est vous dire si les macaronis cuisinés par Madame Cazac étaient appréciés par tous.

Ensuite tous les commerçants du village nous ont apporté leur soutien.

Monsieur Charles Todeschi, volailler, nous fournissait de très gros lapins avec lesquels Madame Cazac nous faisait des civets délicieux et aussi de très gros canards.

Monsieur Gros, boucher à Cazères, nous donnait une viande excellente.

Monsieur Viallele, charcutier, nous fournissait la saucisse à un très bon prix , des boites de pâté……..

Monsieur Eychenne, épicier à Salles sur Garonne, quant à lui, nous vendait toute l’épicerie et nous faisait profiter de promotions exceptionnelles. Il m’arrivait parfois avec 40 kgs de figues sèches, 10 kgs de vache qui rit, 20 kgs de chocolat, 20 kgs de fruits au sirop.

Madame Marthe Gros nous vendait le bon lait de ses vaches pour le riz au lait que les enfants dégustaient.

Madame Artaud nous portait une pièce montée à chaque grand repas.

Il faut dire que la cantine fonctionnant bien, nous avons très vite institué deux grands repas gratuits pour tous les enfants de l’école, un à Noël avec dinde aux marrons et un à Pâques avec gigot d’agneau. Nous avons aussi décidé de faire le lundi des haricots avec des « coustelous »d’agneau. Pour avancer la cuisinière et afin que les haricots soient bien cuits, cela nous obligeait le dimanche à mettre les haricots à tremper et à faire roussir les morceaux d’agneau. J’ose espérer que je n’ai oublié personne. Là aussi je dois remercier tous les élèves pour leur dévouement et leur compréhension. En effet, pour la bonne marche de notre petite entreprise, tout le monde mettait la main à la pâte.

les filles faisaient les peluches, dressaient le couvert et aidaient à la vaisselle.

les garçons allumaient et entretenaient le poêle, desservaient la table, rangeait les bancs et balayaient.

Nous avons même fait du social. Les anciens se souviennent de Monsieur Darques, ouvrier de Monsieur Goiffon, mécanicien à Cazères. Ce pauvre homme ayant perdu sa femme se trouva désemparé, ne sachant nullement cuisiner. Son cas m’a été signalé par Madame Pauly. Je suis allé le voir et, lui expliquant notre intention, je lui ai demandé de se procurer une gamelle à plusieurs compartiments. Suzanne Pauly, avec la permission de ses parents prenait la gamelle le matin et lui ramenait pleine à midi avec dans le premier compartiment le dessert, dans le deuxième la viande et dans le troisième la soupe. Monsieur Darques était ravi et les enfants heureux de faire une bonne action. D’ailleurs, cela ne nous revenait pas cher car il y avait toujours des restes et pour la viande Monsieur Viallele et Monsieur Gros nous donnaient gratuitement un morceau supplémentaire pour Monsieur Darques.