LA VIE AGRICOLE

MONDAVEZAN : VILLAGE PAYSAN

 Ginette Penent et son fils Francis devant la moissonneuse-batteuse de la CUMA (collection Penent)

Ginette Penent et son fils Francis devant la moissonneuse-batteuse de la CUMA (collection Penent)

Mondavezan, des années 1900 à 1960 n’a pas beaucoup évolué. Les petites fermes de 25 hectares étaient viables. Une famille de paysans pouvait en vivre décemment. Mais le monde rural était en grande mutation avec l’arrivée de la mécanisation qui remplace peu à peu les mains des hommes et des femmes dans les champs. Une génération d’agriculteurs utilisera l’araire, le brabant, attelés à des bœufs et, ensuite le tracteur tirant des charrues à plusieurs socs. Les paysans commencent à se former auprès des syndicats et d’associations de vulgarisation. Par l’intermédiaire du Foyer rural et avec le Civam, les Mondavezanais apprendront à améliorer les sols et les cultures. Nous remercions tous ceux qui ont bien voulu témoigner de la vie des paysans de cette époque.

Il y avait beaucoup d’agriculteurs sur la commune et pour la plupart, c’étaient des petits propriétaires. Les métayers étaient peu nombreux, comme c’était le cas dans d’autres communes voisines.

« Mondavezan est le premier village de la région où on a pratiqué le marnage des terres. Derrière chez Senges, il y a « la merlière » c’est un gros trou où on allait chercher la marne, et peut-être le tumulus d’en bas près du moulin, ne serait-il pas également un truc comme ça ? »(Denis Turbide) (voir page monographie)

«Avant, on n’avait pas de problème pour trouver du boulot. Ce n’était pas comme maintenant. Ton père était agriculteur et dès que tu pouvais commencer à travailler, il fallait aider. Moi, j’ai commencé à 13 ans !
A Mondavezan, c’était un village un peu spécial parce qu’il n’y avait pas d’ouvriers agricoles. C’était tous des très petits propriétaires qui vivaient et qui n’avaient pas besoin de domestique, ni d’être domestique chez quelqu’un.
On me disait : «tu as de la chance toi, parce que tu n’as pas besoin d’aller domestique ! »
Aller domestique, ce n’était quand même pas comme travailler chez soi. Les patrons, même s’ils étaient gentils, ils étaient durs ! Les lois sociales n’existaient pas. Ça n’a été qu’en 36. Les métayers, étaient appelés « bourdets ». Métayer, ça voulait dire « à moitié ». Bourdet, c’était en patois. Le reste, c’était des maîtres valets. Ils payaient une partie en espèces et l’autre partie : un hectolitre de vin, un vingtième de haricots, deux sacs de pommes de terre, un hectolitre de lait. Ça dépendait de l’importance du chantier.
Le propriétaire travaillait là aussi. Mais ça, c’était surtout à St Elix et Lavelanet qu’il y avait de ces gens. Il y avait des espèces de bourgeois qui étaient un peu aisés, mais pas assez pour se rouler les pouces. Aussi, ils travaillaient avec des maîtres valets. L’homme travaillait aux champs et la femme y allait pour aider à la vigne, quand il fallait bêcher le maïs… ça dépendait des conventions. Ils habitaient sur la ferme mais étaient indépendants. »(Louis.Bistes)

«Quand mes parents ont acheté la ferme, il y avait déjà un vieux domestique qui a voulu rester avec mes parents. Il n’avait pas d’attache nulle part, il se contentait du gîte et du couvert et il faisait les labours à l’araire. A l’époque, c’était tout des petites exploitations comme ici, quelques bêtes, mais il y avait l’entraide pour les dépiquages, la moisson, pour ramasser les gerbes pour faire les meules, pour les vendanges… » (Jean.Penent)

«Mes parents étaient métayers, c’est-à-dire qu’ils travaillaient la terre et ils partageaient tout, sauf les volailles et les cochons. Mais toutes les récoltes, le vin, les bêtes qu’ils vendaient, il fallait en donner la moitié au propriétaire.
Quand on dépiquait, il y en avait un qui tenait le sac et on mesurait la récolte avec un cinquième, à la fois pour la partager avec le propriétaire et aussi pour mesurer le blé pour le pain. » (Charles Todeschi)

Quant au matériel, il y en avait peu :

« La vie aux champs a commencé avec du petit matériel. Je me rappelle de la première faucheuse, de la première lieuse… Moi comme cadeau, au lieu de m’offrir un ordinateur, à 14 ans on m’a offert une charrue brabant qu’on tirait avec des bœufs. J’ai commencé à travailler à 14 ans. Je suis né ici moi. Ça fait 85 ans que nous sommes à Mondavezan. Mes parents ont acheté la ferme en 1920. Mon père était de Palaminy et ma mère de Sana.
J’ai été le premier à avoir une charrue réversible et heureusement que les bœufs étaient costauds car j’avais du mal à 14 ans à retourner la terre. Le vieux domestique qu’on avait, avait pris sa retraite, il était déjà âgé et alors j’ai pris sa relève. J’ai passé mon certificat d’études à 12 ans. J’avais deux ans d’avance, on voulait me faire continuer, mais j’ai passé le certificat d’études en juin 41, en pleine guerre, et à ce moment-là, il était plus important de se remplir l’estomac que le cerveau. Mon frère était parti aux chantiers de jeunesse puis il a été engagé au S.T.O. On m’a acheté le brabant chez Mr Turbide. Je me rappelle le prix, c’était 3000 francs de l’époque. J’étais fier de travailler et de me rendre utile. On comptait sur moi pour prendre la relève. On m’avait proposé de travailler aux ponts et chaussées. A l’époque, il n’y avait pas de machine, il fallait faire les fossés à la houe.
A l’époque, mon père avait une faucheuse et il s’était associé avec un voisin (Sourroubille, boucher à Martres) pour acheter une moissonneuse-lieuse en 1926 et on moissonnait ensemble. On avait une paire de bœufs et Sourroubille, un vieux cheval de réforme pour tirer la moissonneuse. Le cheval qui avait connu la guerre et le bruit du canon, dès qu’il y avait du tonnerre, s’aplatissait par terre et faisait la carapace. Il est mort au bout d’une vigne.
Dans les années 36, il y avait les premiers tracteurs Lanz qui faisaient tourner la machine à battre et la presse. J’ai vu des paillers où on montait la paille en vrac, puis il y a eu la presse à fil de fer qui faisait des grosses bottes, et pendant la guerre, comme on manquait de carburant, le chef de district de Vichy avait fait un inventaire, ceux qui avaient de l’eau à proximité dépiquaient avec la machine à vapeur, la locomobile, et là où ils avaient la force motrice, ils dépiquaient avec un moteur électrique, et à d’autres endroits avec le tracteur.» (Jean Penent)

« On labourait avec les vaches et les bœufs. Certains avaient des bœufs, mais d’autres faisaient uniquement avec les vaches qui avaient l’avantage de faire des veaux et donc étaient une source de revenu supplémentaire. A l’époque, on n’avait pas grand-chose pour vivre, on n’avait pas beaucoup de besoins.
Il y en avait certains qui avaient des chevaux pour tirer les faneuses. Le cheval allant plus vite que les vaches ou les bœufs on pouvait faner le foin avec, sinon il fallait le faire à la main. Avant la moissonneuse-batteuse, il y avait la lieuse, mais tout le monde n’en avait pas, alors celui qui en avait faisait payer pour moissonner le champ. » (Thérèse. Cazeneuve)

 

 

 la locomobile dans les rues de Martres (collection Penent)

la locomobile dans les rues de Martres (collection Penent)

« Barou et Mascarie , c’était presque dans toutes les fermes le nom des vaches qui travaillaient. Une toujours à gauche et l’autre toujours à droite. Pour les bœufs, ça dépendait de la couleur du poil. Le plus sombre, ils le mettaient à gauche et ils l’appelaient toujours pareil. La taille aussi intervenait, le plus grand devait être à gauche, parce qu’il passait dans la raie. Il devait mettre la tête un peu en avant, sans trop. Il fallait les dresser pour les faire marcher comme ça. Les bœufs s’appelaient Mascarie et Mulet. Ils tiraient la charrue, pas encore le brabant.
Moi j’ai appris à mener les vaches en regardant. Elles avaient les mêmes courroies qui s’adaptaient toujours au même côté. La courroie que tu mettais à gauche, tu la remettais toujours à gauche. Elle prenait le pli comme ça, la courroie. Elle faisait deux ou trois fois le tour partout autour des cornes, devant le front, deux ou trois tours, ça dépendait de la longueur. Quand elles se pètaient quelquefois, elles faisaient un tour de moins. Pour joindre l’attelage, il fallait un bon moment. Mais on n’était pas aussi pressés que maintenant. On n’aurait pas pu le faire maintenant. Quelquefois, il fallait les attacher par le cou parce que sinon elles foutaient le camp trop tôt. Quand tu les déjoignais, elles emportaient le joug avec un côté de courroie.
Si on leur disait de reculer, elles reculaient, avec un coup de bâton sur le nez. On disait « Arre ». On leur parlait toujours en patois, jamais en français. Pour les faire avancer, c’était « Ah ! ah ! », pour les faire arrêter « oh ! oh ! »
Pour avoir des veaux, on amenait les vaches au taureau. Il y en avait partout, des taureaux : chez Soum, chez Foch là-haut, chez Dangla, chez Sajous, à Bourdin, chez Fourcade.
Par ici, il y avait très peu de chevaux, quelquefois pour passer la houe. Par contre, à Saint Elix, où il y avait beaucoup de vignes, ils avaient tous un cheval. » (Louis Bistes)

« Je me souviens d’avant la lieuse, quand mon père faisait avec la faux avec un espèce de râtelier qui servait à faire les andains; après avec les vaches, il fallait faire les liens à la main. On emportait un seau d’eau, sinon la paille craquait. Turbide, il faisait l’entreprise avec la lieuse. Il n’y en avait pas beaucoup qui l’avaient la lieuse »
« On se levait de bonne heure pour soigner les vaches, téter les veaux avant de partir travailler. On attelait les vaches, on emportait le déjeuner et on partait de bonne heure dans les champs, on mangeait au bout du champ. » (Mathilde Dangla)

« On discutait un peu s’il y avait quelqu’un à côté, maintenant on n’a pas le temps, on laissait ruminer les vaches. On avait des bœufs et aussi une jument. On la faisait produire, au haras de Tarbes qui venait au Fousseret. » (François Dangla)

« L’outillage, on avait un brabant, l’écouvillon pour la vigne, la lieuse sur la fin, avant on faisait avec la faucheuse. Nous, on travaillait seuls.
Avant, on avait un rouleau en pierre pour le grain. On mettait les gerbes dessous et on tournait. On mettait l’épi sur la paille pour ne pas que le grain s’écrase.
Pour vendanger, il fallait compter une semaine. Pour gerboyer et dépiquer, dix jours au moins. » (Fernand Cazalé)

« L’agriculture de cette époque n’était pas mécanisée. Il y avait la charrue réversible, le brabant. On labourait avec les bœufs, très rarement les chevaux. Toute la préparation du sol se faisait de la même façon avec les bœufs et diverses herses et rouleaux.
On semait à la main (le blé, le maïs, les pommes de terre). En principe il y avait un demi hectare de maïs, pas plus (on s’en servait pour soigner les bêtes). On gardait la semence pour l’année après ou parfois on l’échangeait avec un voisin. Des fois, il sortait du maïs avec des épis violets ou rouges alors qu’il était blanc, et ceux-là étaient jolis. Pour qu’il sèche plus vite, on coupait les crêtes qu’on donnait aux vaches. On creusait un sillon et on mettait les graines au milieu. Mais après, il fallait l’éclaircir en enlevant les épis en trop. Quand il était sorti de terre, on le sarclait pour enlever l’herbe. C’était souvent le travail des adolescents. La récolte du maïs se faisait manuellement (on avait à peu près un demi à un hectare de maïs).
Le foin, on le coupait avec la faucheuse à bœufs, mais avant, à la faux, et stocké dans les hangars en vrac.
Je me rappelle qu’avant la moisson avec la lieuse, on faisait les passages à la faux pour ne pas abîmer le blé. On faisait des gerbes qu’on mettait au bord et qu’on attachait avec un lien en paille. Il fallait le faire de bonne heure pour ne pas que le lien casse. Quand on moissonnait à la faux, ils emportaient une comporte d’eau au fond du champ pour tremper le lien. (Quand ils faisaient des fagots de bois, ils l’attachaient avec des liens en bois, de l’osier ou du châtaigner, un bois souple). Le battage se faisait à la maison. On ramenait toutes les gerbes, et il y avait des entrepreneurs qui passaient avec tout leur matériel et il fallait vingt cinq personnes pour faire ça. On travaillait avec les voisins. On travaillait de 6 heures à 8 heures du matin, puis on allait déjeuner, puis jusqu’à midi ou jusqu’au soir suivant l’importance. Et le grain on le mettait dans des sacs et on le montait sur le dos, dans les greniers.
On récupérait les ficelles, et les bottes de paille étaient attachées avec du fil de fer qu’on récupérait aussi. L’année d’après, on avait un système qui permettait de retendre le fil de fer et de le réutiliser.
Le maïs et les pommes terre tardives étaient ramassés à la main en novembre. On les stockait entre des bottes de paille et on les faisait cuire pour les cochons. Ici des pommes de terre hâtives, on n’en faisait pas tant que ça. On les faisait pour la Saint Jean. Les après-midis de plein air à l’école, on allait ramasser les doryphores dans des boites. »
Il se faisait beaucoup de pommes de terre tardives que l’on récoltait aussi à la main en octobre, novembre. Les agriculteurs qui avaient des brebis prenaient souvent en pension pour l’hiver (d’octobre au mois de mai) des brebis qui venaient de Haute Ariège. Le trajet se faisait à pied. Pour payer la pension, le propriétaire laissait la laine et la moitié des agneaux. (Marius Fourcade)

« Il fallait gerboyer avec les vaches, la moissonneuse-lieuse. J’ai connu toute l’évolution.
On n’a pas travaillé à la faux, sauf pour faire les passages, les coins, pour ne rien perdre.
Même avec la machine à ramasser le maïs, il fallait faire les passages. On a eu ramassé cent sacs à la main. » (Jean-Louis Bacqué).

Puis les tracteurs et les moissonneuses-batteuses sont arrivés
et tout a changé.

« Quelques tracteurs sont apparus vers 1950 mais surtout après 1960. La moissonneuse- batteuse est arrivée à Mondavezan dans les années 52 en démonstration, mais les gens ont trouvé assez vite que c’était mieux que la faneuse.» (Thérèse.Cazeneuve)

« Les moissonneuses-batteuses sont arrivées dans les années 55 à 60.
Mon oncle de Francon, il s’est trouvé tout seul sur une exploitation. Mon père lui dit :  « Achète un tracteur et une charrue !». Après ça, il a eu le tracteur et la charrue au milieu de la cour et est arrivé le temps de la fenaison. Il a fallu adapter la faucheuse, puis il a fallu acheter la botteleuse. Mais il n’avait qu’une charrette et ce n’était pas commode de charger les bottes sur la charrette. Son voisin lui dit : «  Il va falloir que tu t’achètes une remorque ! » et de fil en aiguille, il a eu la grange pleine de matériel plutôt que de fourrage. » (Denis Turbide)

« Après la guerre, il y a eu les premières moissonneuses-batteuses. La première que j’ai vu marcher, c’était là où il y a les pommiers de Cabail, ça dépendait du château de Soulancé. C’était une moissonneuse à essence, une « Massey-Harris ».
Avant la guerre, il y avait les premiers tracteurs, les Lanz. Les premiers tracteurs étaient à essence, c’étaient des petits tracteurs. (Il y en avait chez Senges…) Le premier diesel que j’ai vu, c’était chez Alphonse Duran. Il avait acheté un Renault D 22 en 1957, et moi j’ai acheté le même deux ans après. Je l’ai toujours. Ils avaient des systèmes hydrauliques.
Je m’étais servi de mon premier tracteur en 1956 à la propriété de Vulliez, sur la route de Martres (ferme Salies). C’était un pied-noir qui avait acheté un tracteur Someca sans relevage ni rien. Alphonse Duran m’avait dit :  « Ah ! Vous y avez goûté, vous ne tarderez pas à en avoir un. » Effectivement, quand on s’est marié en 59, on a acheté le D22 avec mon beau-père. Et on en faisait du travail, on menait cette propriété et celle de mon beau-père et encore celle de mon frère. On travaillait 50 hectares avec ce petit tracteur.
Vers 1956, c’étaient les premières moissonneuses-batteuses. C’était un entrepreneur qui venait de Seix qui nous a dépiqué. Ensuite, nous avons acheté une petite moissonneuse en CUMA avec une dizaine d’agriculteurs de Sana, une petite Massey-Harrys à essence avec un moteur 403. C’était une machine de petit rendement. Il fallait faire les sacs par côté. Aussi, après ça a été les entreprises qui nous ont dépiqué. Puis petit à petit, on s’est modernisé. Les premières presses-ramasseuses à fourrage, puis encore plus et toujours plus. On est une génération qui est passé du quasi Moyen-Age à l’ultra moderne. Maintenant, ça devient presque impossible à suivre pour les petits agriculteurs. Moi, je m’arrête cette année (2005), mais les jeunes, je les plains. Il faut qu’ils travaillent nuit et jour, ils ont des centaines d’hectares, il faut du matériel de plus en plus performant, des emprunts à ne plus en finir.» (Jean Penent)

« Après la vigne et surtout quand les tracteurs sont arrivés, le travail a changé. Les surfaces ont augmenté. Premier tracteur en 54,on l’a payé  »cash ». » (Marie-Jeanne Bacqué)

006 Lucien Marrequestre essaie le premier tracteur chez le forgeron Turbide en 1954 (collection Jean Turbide)

Lucien Marrequestre essaie le premier tracteur chez le forgeron Turbide en 1954 (collection Jean Turbide)

A Mondavezan, était pratiquée la polyculture : Pour avoir du pain, il fallait du blé (voir chapitre page 3) , pour nourrir les bêtes, on avait du maïs et quelques autres céréales, des pommes de terre mais en faible superficie.

Principales productions à Mondavezan : les céréales (blé, avoine, orge, un peu de seigle), les pommes de terre, maïs. Si les gens avaient du surplus de céréales à vendre, ils les amenaient chez Roques (là où est l’actuelle épicerie*) et des camions venaient les chercher. »(Jean Gros)
*salon de coiffure en 2016

On labourait avec les vaches puis avec les sabots on marchait sur les mottes au cas où il pleuvrait. Puis, on semait le blé à la volée. On passait la herse après, qui couvrait. Au printemps, on y passait le  »rascle » et on semait du trèfle ou de la luzerne ou une herbe qu’on ne voit plus maintenant qu’on appelait  » le luzern  ». Il y avait aussi le  » lotier  » mais ici pas trop, c’était surtout sur le terrefort. C’était comme le trèfle ou le sainfoin. C’était la protéine qu’on avait pour les animaux. Maintenant, on donne de l’arachide ou autre chose, mais avant, c’était le sainfoin ou le trèfle.

« Chaque exploitation avait un peu de tout, au niveau culture ou élevage. Pas de spécialisation, que l’on habite la plaine ou les coteaux. Ce qui voulait dire aussi de l’ouvrage toute l’année. A la fenaison, il fallait préparer la moisson, bêcher le maïs, ramasser les patates. Il y avait toujours quelque chose à faire.» (Marius Fourcade)

« On nettoyait le maïs à la bêche, il n’y en avait pas comme maintenant. On le ramassait à la main. On l’épanouillait avec un petit couteau. Maintenant, ils le ramassent à moitié vert et ils le sèchent. » (François Dangla)

« Avant, on ramassait les chardons dans les champs de blé et on les faisait cuire pour les cochons. Comme on ramassait le blé à la main, s’il y avait des chardons, on se faisait mal.
Le Négus (Alphonse Duran) et Jean Laffont (le fils de Pierre, ancien garde-champêtre avant Honoré Senges), ils conduisaient le matériel de dépiquage de Dufour et il fallait les coucher. Combien de fois ils ont dormi ici ! Ils faisaient tout le quartier et personne ne voulait les coucher, ils venaient dormir ici, mais on ne les voyait pas. Sur les cuisines, on mettait l’avoine, le blé. Ils montaient les sacs par l’échelle. Il y en avait dans les 80 sacs. Pour l’époque, c’était beaucoup. »(Jean-Louis Bacqué).

« On faisait des gerbières dans la cour. Les voisins venaient nous aider. Il fallait les faire d’aplomb.
Cousseau nous disait : « Faudra vous apprendre, je n’y serais pas tout le temps. » C’est lui qui la faisait. On lui passait les gerbes, il les mettait insensiblement avec un petit chapeau. Ça restait au moins un mois avant le dépiquage. Le blé finissait de mûrir. La paille était placée de façon à ce qu’il ne prenne pas l’eau. Il fallait faire le pailler aussi.
On charriait les sacs de blé au grenier. C’était pénible. Il fallait les monter par les escaliers, des sacs de 60 à 70 kilos. Chez Laffont, il fallait les porter depuis le champ. Quant on dépiquait, celui qui le faisait, marquait chaque sac et à la fin, il fallait payer en fonction du nombre de sacs. Ici, c’était Cousseau ou Jean-Louis.
On s’aidait beaucoup. On ramassait des pommes de terre tardives qu’on faisait pour cuire aux cochons. Nous, on allait chez Sirgant les aider.
On ne travaillait pas souvent le dimanche, sauf peut-être pour le fourrage. Avant, quand on avait payé le boulanger et le curé, on était tranquille. On n’avait pas tous ces frais. L’engrais, c’était le fumier. Maintenant, on n’en finit jamais de payer. »(Fernand Cazalé).

« On avait une dizaine d’hectares, mais il n’y en avait que cinq ou six de cultivés. Dans les autres, il y avait les vaches. On s’aidait pour les corvées, et ça ç’a a duré jusqu’à l’arrivée des tracteurs et des moissonneuses. Après, ça a été chacun pour soi. Ce qui a aussi entraîné la fin de cette entraide, c’est que les petits, qui n’avaient besoin que d’une demi-journée, devaient en rendre deux chez les gros propriétaires. On allait à Peyrottes aider, mais chez eux, on ne mangeait pas. Nous, quand on avait une corvée, on faisait manger après. Il y avait de la vigne ici.
Pour le dépiquage, c’était l’entreprise du Fousseret qui venait et un Martino de Laffitte, Dufour de Cérisol, Capblanquet et Icarol pendant la guerre.
Le gerbier restait de un mois à un mois et demi. Il y avait le gerbier qui était rond et la gerbière qui était en longueur. Au début, c’était surtout des gerbières. Il y avait des spécialistes pour finir le chapeau. Le fourrage aussi était monté en extérieur. On le  »péladait » avec un crochet avec un long manche pour sortir le fourrage. Il y avait des jeunes qui avaient fait le coup à quelqu’un de lui enfoncer le  »péladou » dans le fourrage, il n’avait pas pu l’en sortir.
On pelait tout le tour pour équilibrer. Mais chez moi, je n’en ai pas vu, de meule de foin. Ils mettaient un mât au milieu, bien couvert, il ne prenait pas l’eau. Il fallait mettre du foin qui couvre bien.» (Albert Laffont)

« Pour le dépiquage, on était une vingtaine à s’entraider. On partait d’un bout et l’année après c’était l’inverse. On rentrait pour manger chez soi. Il y avait plusieurs groupes. La Vielle, on était avec Larribeau. Le village, la plaine ça faisait deux autres groupes. On rentrait les gerbes à trois ou quatre voisins. Nous, on avait les terres dans la plaine, sauf les vignes. La vigne de Courtiade qu’on travaillait à l’époque, maintenant c’est du bois. Ça fait 50 ans qu’elle est abandonnée. Maintenant (2005), à Mondavezan, il n’y en a presque plus. Il en reste chez Dupré, chez Péré, chez Schmidt. »(Lucien Marrequestre).

 

Les époux Abadie devant une meule de foin dans la ferme Bordeneuve au début des années 1950 (collection Duran Todeschi)

Les époux Abadie devant une meule de foin dans la ferme Bordeneuve au début des années 1950 (collection Duran Todeschi)

Au début du siècle, il semble que la commune était couverte de vignes, selon de nombreux témoignages.

« A l’époque, il y avait de la vigne partout. Les gens vivaient de la vigne. » (Jean Penent)
Le père de François Dangla était embauché par mon père pour greffer la vigne. Je me souviens qu’il nous faisait buter la terre autour des greffons et il nous apprenait à greffer. Le pépiniériste Paul Vidal a travaillé avec Jean Louis Vidal qui était allé à Cognac pour apprendre à greffer.(Denis Turbide)

« Mon grand-père faisait du vin, c’était l’époque des vignes. Elle a duré jusque vers les années 50. Ici, on ne l’a arrachée que très tard. Mon père en avait replanté une plus large et c’était Louis Bistes qui était venu nous aider à tracer les sillons, parce que lui, il tirait droit. (C’était en 70). C’était du travail parce qu’on n’était pas trop mécanisé à l’époque. Il y avait une douzaine d’hectares de terre à l’époque. C’était une ferme moyenne. Le vin se travaillait à la maison et puis, il venait des courtiers pour l’acheter. Après, il fallait le livrer à la coopérative qui se chargeait de le vendre. S’ils le gardaient, ça coûtait plus cher que ce que ça ne rapportait. Mais ça faisait une fête. Ici, le vin n’était pas terrible. Le terrain est trop humide. Quand on a replanté, il fallait replanter des plants certifiés, ici c’était du Jurançon, il y avait de la vendange en quantité avec sept degrés.
Les courtiers, il y en avait un de St Elix qui s’appelait Dumoulin. St Elix avait un vin réputé, mais les nôtres devaient partir avec les vins de l’Aude en coupage. Il y avait beaucoup de particuliers, des gens de Cazères, qui venaient acheter le vin avec le «  barricot ».Il y avait les gendarmes qui venaient acheter. A l’époque à la gendarmerie, ça ne changeait pas comme maintenant, il y avait Rolland, Chapeau… Ils y restaient toute leur vie quasiment. (Jean-Louis Bacqué)

« En 1955, il y avait un hectare de vignes chez moi, le reste c’était de la culture. Les voisins venaient me donner un coup de main et puis j’allais chez eux. Mais quand les voisins ont arrêté la vigne, il n’y avait plus personne pour donner un coup de main, et il a fallu que j’arrête moi aussi. Je suis rentré à la cave coopérative parce qu’en 1963 j’ai eu une récolte formidable. J’avais la cuve qui faisait 90 hectolitres, je l’ai remplie, j’ai soutiré 17 hectolitres pour le moût, j’ai rempli la cuve et il restait encore 33 comportes à vider. Aussi, j’ai arraché un sillon sur trois. Et maintenant j’ai fait démolir la cuve. Je le regrette. »(Denis Dario)

« Mon père avait planté une vigne au Ganchat, juste quand la guerre a été déclarée. C’étaient des greffons, des vignes de trois ou quatre mois. Il était parti au mois d’août et la vigne avait été greffée au printemps… elle avait besoin d’un travail spécial, et plus personne ne s’en est occupé. Alors elle a crevé. On avait aussi une vigne derrière chez Dupré. C’est elle qui nous a fait vivre pratiquement. Elle n’était pas trop grande mais enfin ! A l’époque, il y avait dix sept mesures. Ça fait dans les soixante-quinze ares à peu près de vigne. Pour l’époque, ce n’était pas mal.
On vendait le vin. En 38, on avait fait cinquante hectolitres de vin. C’était une année exceptionnelle. Sinon, c’était 30 ou 40 hectolitres.
Du temps de mon grand-père, il y avait une grande cuve ronde en bois pour faire le vin. Mais nous, on l’a démolie pour faire l’étable. Il y avait trois ou quatre demi-muids (ce sont des barriques de 6 hectos). Ca s’appelle ainsi dans le bordelais. Ils font 620 à 630 litres.
Mon père, quand il était à Lavelanet, il avait appris à faire le vin chez un viticulteur de pointe de l’époque. »(Louis Bistes)

« Les vendanges se faisaient manuellement. On était souvent une vingtaine. On mettait les raisins dans des comportes qui étaient posées dans les sillons de la vigne, ensuite à deux personnes, on portait les comportes au bout de la vigne, on les chargeait sur les charrettes et on les portait à côté de la cuve (qui souvent était en bois), ensuite on passait le raisin au fouloir et on le mettait à fermenter dans la cuve. Au bout de 8 à 10 jours, on soutirait le vin nouveau que l’on mettait dans des barriques et on passait la vendange dans une presse à vendange qui venait à domicile. Une fois la vendange bien pressée, on la portait à l’alambic pour faire l’eau de vie. Le bouilleur de cru, c’était Bonnemaison, le père du beau-frère à Albert Laffont. Il se mettait au lavoir (aujourd’hui maison de la chasse). Là, il faisait l’eau de vie. Ils la buvaient, les femmes fabriquaient des liqueurs. Il n’y avait pas d’apéritif.
Ici on avait un hectare vingt de vignes. On en vendait. Même après la guerre, il y avait des CRS qui venaient chercher une barrique de vin.(Marius Fourcade)

« Le  »père Turbide » venait presser la vendange à domicile. Chez Turbide, il y avait cinq presses et la campagne de pressage se tenait aux alentours de la fête du village.
Le bouilleur de cru était du Fousseret. Il venait après les vendanges puis après, il revenait au printemps. Nous, on lui amenait les prunes, c’était bon. » (Fernand Cazalé).

« J’ai une anecdote : André Dignat avait les vignes en haut. Il vendangeait là. C’était Marthe Gros qui faisait le repas. Ce jour là, il y avait de la saucisse au menu. Ils ont allumé le feu au milieu du chemin et elle met la saucisse à griller. Elle part faire quelque chose, elle se retourne, le chien finissait d’avaler le dernier morceau. Plus de saucisse… Et chaque année, cette histoire ressortait. »(Denis Turbide)

« Quand nous habitions au village, nous amenions le raisin dans la cuve qui était là où habite Maurice, en entrant à gauche. La vigne était dans la plaine, à côté du tupet du moulin. Puis, pendant la guerre, nous avons déménagé et travaillé la vigne aux Baylacs.(Charles Todeschi).

 

 

Cour de ferme

Cour de ferme un tracteur tirant une charrette de foin en vrac ferme Bordeneuve 1955 (collection Duran Todeschi)

Puis la vigne n’a pas suffi pour vivre
et l’on s’est mis à faire le lait.

« Après l’époque des vignes, ça a été le lait. Pour remplir l’étable, mon père avait acheté une vache à lait. A Mariotte (à Benque du Fousseret), il commençait à faire du fromage. C’était un Baqué à l’époque qui avait lancé la fromagerie et commençait à ramasser le lait. C’était en 46, 47. Il avait transformé un C4 de l’époque en plateau-ridelle et il avait des bidons. Il mesurait le lait avec un décalitre. Il le ramassait tous les jours. Il n’y avait pas de problème de bactérie à l’époque. Les problèmes sont arrivés avec les trayeuses. En effet, les seuls qui n’avaient pas de problème par la suite, c’étaient les Gaston qui n’avaient pas de trayeuse. Nous, on a eu la machine à traire assez vite. La première venait de chez Icart.
On a donné le lait à Mariotte pendant 56 ans. On a arrêté en 2012. Au début, on n’avait pas de refroidisseur. On mettait le lait dans la canalette. Il ne fallait pas mélanger les traites du matin et du soir. Ils contrôlaient s’il était acide. Ils le mettaient dans un bidon pour voir s’il tournait. S’il était acide, il partait au fromage. Les bidons des différents producteurs n’étaient pas mélangés. C’était pénible de ramasser le lait. Les bidons étaient de 50 litres. Et comme on les refroidissait dans le fossé, il fallait les soulever ! On en avait environ deux cent litres par jour. Quand Mariotte a arrêté, c’est Villecomtal qui a repris (dans les années 70, 72) et là, ça a été l’époque des tanks à lait. » (Jean-Louis Bacqué)

« Plus tard, quand il a fallu traire, on a été un des premiers. Parce que mon père avait besoin de lait. Il soupait le soir avec un bol de lait. Alors, on a acheté une vache. On a commencé à acheter une vache. A partir de là, le lait qu’on avait en plus, on l’a vendu. Alors, les Labat, Zézé et tout ça, ils se sont nourris avec ce même lait, avec le lait de cette vache.
Puis, on en a acheté deux autres. Parce que les Suisses, elles travaillaient et elles faisaient du lait. La première, c’était une espagnole soi-disant. Elle ne faisait que du lait. Elle ne travaillait pas trop. Elle s’appelait Casta. La traite, j’ai commencé ça très tôt, parce que mon père disait « l’aben bendute aquero puto de bacco perque ne poudioun pas la traire ». On l’a vendue cette  »pute » de vache parce qu’on ne pouvait pas la traire ». Elle était difficile à traire. Alors, voyant ça depuis le couloir, je devais avoir treize ans à ce moment-là, j’ai essayé et je le faisais beaucoup mieux que lui. Et depuis, j’ai eu la réputation de toujours. Il me fallait trois minutes pour faire huit litres de lait. Un seau de huit litres avec un bec verseur. Et pour tricher un peu, quand tu trais vite, il suffit de prendre par-dessous de la mousse, il est tout de suite plein le seau !!!
Puis, tout le monde s’est mis au lait (les voisins, à Saounur, chez Sentenac…) parce que c’était la seule chose à rapporter à un moment donné. Moi, j’étais déjà habitué. Après celle-là, on en a eu deux autres. Ça faisait trois vaches. Les deux autres, c’étaient des Suisses. Elles s’appelaient Barou et Mascarie. Avant, les vaches, c’étaient toutes des Gasconnes. Nous avons été les premiers à avoir des Suisses pour le lait. Les Gasconnes ne donnent pas de lait, juste pour le veau si elles sont bonnes, des fois, elles laissaient crever le veau de faim. » (Louis Bistes)

L’arrosage
On n’avait pas l’eau. On faisait boire les vaches avec le puits, mais il n’était pas abondant.On arrosait tout à coup de seau. Il y avait une source dans le bois et il y en avait qui allaient y chercher l’eau. En hiver, quand l’eau était gelée, il fallait couper la glace tous les matins pour pouvoir faire boire les vaches. » (Irénée Sajous)

Le canal de Saint-Martory qui traverse la commune a servi pour l’irrigation des terres depuis sa création dans les années 1880. Roger Tainton qui fut un employé de la société qui gérait le canal explique le fonctionnement : « L’arrosage, à l’époque se faisait avec des vannes. Il fallait régulariser. Il y avait des chutes dans lesquelles on mettait des poutres pour faire monter l’eau « en gravité ». Ça partait dans les fossés. En gravité, il faut diriger l’eau, parce quand le terrain était en pente, ce n’était pas toujours évident. Par exemple, là où Sajous a les kiwis, le canal était trop bas. Il fallait qu’il arrose au-dessus du pont. A l’époque, pour arroser, on inondait les champs. On n’arrosait que les maïs. On faisait des rigoles. Sur Mondavezan, il n’y a que deux canalettes (ou canaux secondaires) alimentées par le canal. Une qui part de chez Penent et l’autre ici (chez Loubens). Après il y a des nauzes. L’entretien des nauzes ne dépend pas du canal. Les eaux des canalettes et des nauzes ne reviennent pas au canal. Elles partent vers des ruisseaux par ci, par là. Les canalettes étaient équipées comme le canal pour l’arrosage. »

L’élevage

« Les mules avaient plus de valeur que les mulets. A Peyrotte, tout le monde avait des juments poulinières, chez Dangla, Cousseau, Ferrère, Mirepoix, Péré, Sudérie. Maria de Pulou avait une ânesse. Quand elle avait décidé de ne plus avancer, elle ne bougeait plus. Quand elle venait à la messe, elle la mettait au jardin derrière l’église et gosses, on allait la lui cacher. Pour ne pas la fatiguer, Marie montait les côtes à pied.
Quand c’était la foire aux mules à Cazères, au bord de la Garonne, c’était plein de mules, de chevaux. Les mules sont des animaux costauds. Ils s’en servaient pour leur faire tirer le bois.
Les vaches, c’étaient surtout des Gasconnes, quelques Suisses et quelques noires et blanches. Elles donnaient du lait pour la consommation familiale. A cette époque-là, elles donnaient du lait, mais après, petit à petit, ils ont laissé dépérir la race. Maintenant on en revoit, mais elles n’ont plus le gabarit qu’elles avaient à cette époque-là, c’est devenu un petit modèle.
Mon père avait le taureau, et les gens amenaient les vaches à saillir.
Il y avait des moutons toute l’année et des moutons, d’octobre à mai, qui descendaient de la Haute Ariège. Il y avait le père Léro, qui descendait depuis Auzat avec des brebis, à pied. Il en laissait un peu dans toutes les fermes. Et pour payer la pension de l’hiver, il laissait la laine et la moitié des agneaux. Au mois de mai, il venait récupérer son troupeau avec la moitié des agneaux et repartait vers la montagne. Pendant l’hiver, il venait deux ou trois fois voir le cheptel à pied.
J’ai entendu dire par ma grand-mère qu’ils allaient acheter des dindons à pied à l’Isle en Dodon. Les négociants en bestiaux partaient avec des bœufs et des veaux, par exemple de Tarbes, et de foire en foire, vendaient et achetaient jusqu’à Villefranche de Lauragais. C’était du négoce ambulant. Quand l’épicier passait, on lui donnait un panier d’œufs et en échange, on avait de la marchandise. Même des fois, il restait un peu d’argent. Les œufs étaient bien plus côtés qu’à présent. Il n’y avait pas les problèmes sanitaires d’aujourd’hui et les œufs étaient rachetés par les pâtissiers, les biscuiteries.(Marius Fourcade)

« Avant la guerre, il y avait les gens de la montagne qui amenaient les moutons à garder pendant l’hiver. Alors, on gardait des agneaux et on avait un début de troupeau. Après les moutons, il y a eu les vaches de lait et puis, petit à petit tout le monde a eu des vaches et a fait le lait. Avant, il y avait quelques vaches gasconnes, mais ce n’était pas un revenu sûr tandis qu’avec le lait….
Puis, on s’est mis à faire le cochon et ça rapportait un peu d’argent. Avant, on n’ avait pas beaucoup de choses mais on arrivait à vivre avec. » (Thérèse Cazeneuve)

« A l’époque, il y avait de petites propriétés et les gens avaient trouvé que d’élever des moutons, c’était rentable. Ils allaient garder les moutons sur le bord des routes, même au bord de la nationale. »(Irénée Sajous)

« Les taureaux, quand ils étaient gros étaient des bêtes dangereuses. Une fois à Berre, le père de Marius Fourcade, il était juste à l’encoignure, le taureau, une corne de chaque côté. Et lui, il était un peu ventru, il se tenait en arrière. Et chez Auguste Davezac, une fois le taureau a failli le tuer. Heureusement il y avait un talus, ça l’a sauvé. Après il a fallu faire venir quelqu’un pour l’abattre. Mais à sa sœur Clotilde, le taureau ne disait rien, alors que quand il voyait Auguste, il devenait fou. C’était un gascon, il n’y avait que du gascon. »(Louis Bistes).

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scène de dépiquage dans une ferme de Mondavezan (collection Simone Senges)

Santé des animaux

« Pour le vétérinaire, c’était la même chose. Les mammites, on ne connaissait pas. Si une vache n’arrivait pas à ruminer, c’était le grand-père Saint Blancat : « Vous coupez une branche de saule, vous la pelez et vous la faites bouillir avec du vin et vous lui donnez ça . » On lui en donnait deux ou trois fois et la vache ruminait et on n’en parlait plus. Si c’était des problèmes respiratoires, « Vous ramassez des fleurs de foin, vous les faites bouillir . » on faisait une fumigation à la vache et voilà.
Quand il y avait Félicien Todeschi chez Cialdini, il avait un bœuf dont tout le poil du dos tombait. Ça faisait comme de la gale. Il appelle le grand-père St Blancat qui lui dit : «  Vous avez une échelle ? » Il monte en haut de l’étable et voit qu’il y avait un sac de sel au-dessus de la bête qui lui tombait sur le dos et lui provoquait la pelade. Voilà ! »(Marius Fourcade)

Le travail des femmes

« Les sœurs Abadie m’ont élevé. Les Abadie, au départ étaient des maquignons, donc des gens qui par leur métier se déplaçaient beaucoup (jusque dans le Gers, certains). Ils étaient deux frères, Jean Raymond et Jean Bertrand. Jean Bertrand, qui était le père de Jeanne et Antoinette, a été marié deux fois. Sa première femme est morte en couche et il a épousé en seconde noce une femme qui s’appelait Sidonie Carré qui vivait à Cassagnabère (il a dû la rencontrer sur une foire). Quand elle est arrivée ici, elle a trouvé la maison dans un état de délabrement assez avancé et les Abadie endettés jusqu’au cou parce qu’il n’achetaient et ne vendaient que des bœufs. Or le bœuf ne se reproduit pas et n’intéressait que les riches propriétaires terriens. Aussi, quand Sidonie est arrivée, elle a imposé les vaches qui, elles, donnent du lait et font des veaux.
Quand elles étaient à Mondavezan, elles faisaient marcher la ferme à elles seules. Antoinette a été mariée mais a divorcé rapidement. Donc, elles étaient toutes les deux à s’occuper de la ferme. Puis elles en ont donné une moitié en fermage. Elles vivaient des produits de la ferme, de la basse cour.
A partir de onze ans, on était embauché pour bêcher le maïs. Chaque sexe avait sa part de boulot. Par exemple pour le maïs, les hommes y allaient pour labourer et semer. Les femmes étaient chargées d’éclaircir ce qui était particulièrement pénible. Il fallait sarcler pour enlever les mauvaises herbes en y laissant les melons, le chou, les pastèques et les haricots tarbais qu’on faisait au milieu. Pour travailler, il y avait uniquement les vaches et les bœufs. Quand la terre n’était pas bonne et que c’était dur, on avait un cheval qu’on attelait devant les vaches, vu qu’on n’avait pas de bœufs, Sidonie n’en ayant plus voulu. Le cheval étant plus rapide que les vaches les obligeait à marcher plus vite et on avançait davantage. Nous, on avait un cheval demi-sang qu’on utilisait pour l’attelage et pour faire les courses.(                  )

Dans beaucoup de maisons, pendant la guerre, ce sont les femmes qui ont fait tourner les fermes. Chez Julien Boube, c’est Noélie qui a fait tout le travail. Marie-Louise Vidal labourait. Pour le travail, on avait besoin des femmes. Comme tout se faisait à la main ! Pour le foin, on le coupait mais après il fallait le sécher, et pour le sécher, on le ratissait et on faisait des tas. Quand on coupait le blé pareil. Il fallait l’attacher à la main. On faisait des liens avec le blé. On faisait les nœuds du côté de la racine. (            )
Les femmes venaient ramasser les gerbes et entassaient. On faisait les gerbiers dans les cours avec un chapeau, c’était joli. Comme on semait à la main, le maïs, les pommes de terre, les femmes participaient. On sarclait le maïs à la main aussi. Rien n’était mécanisé.(                  )

(voir la page les femmes en 1914)

Le remembrement *

*regroupement d’un ensemble de petites parcelles en un terrain de plus grande taille

« Avec Mr Flous, on en a parlé avec Monsieur Courtiade qui a dit : « Oui, on devrait le faire ». On a fait un voyage dans un village, Gauré, qui l’avait mis en place, pour voir ce qui avait été fait. Les gens étaient enchantés de ce qui avait été fait. Alors, on a fait le vote et le oui est passé à 63 ou 64 %, je ne sais plus. On a lancé le remembrement. Le maire François Penent était contre, donc il a créé une commission communale dont il nous a exclus, il y avait mon beau-père, Dangla, Mirepoix, Cousseau …. Au début ça marchait bien, mais le géomètre est décédé. Le nouveau, qui logeait à la Fermière, s’est laissé acheter. Ça s’est mal passé, la commission communale était souveraine, mais ils étaient âgés, ils n’ont pas su se défendre et ils n’étaient pas capables d’intercéder auprès de la D.D.A pour qu’ils changent de géomètre. Donc, on s’est écrasé et le remembrement qui était avancé, il y avait les plots, ne s’est pas fait. (I.Sajous)

« Le remembrement, ici, il s’est fait tout seul avec le temps, des échanges avec le voisin etc… Le pire c’est au village. Tout le monde veut avoir son devant de porte c’est logique. Mais ici ça ne bouge pas beaucoup. »(Jean-Louis Bacqué).

 

LE CIVAM*

*Centre d’Initiatives pour valoriser l’agriculture et le Milieu rural

Le CIVAM s’est créé quelques temps après le Foyer et j’ai été élu président.
J’ai passé un brevet agricole avec Mr Flous. On ne connaissait pas l’engrais, ni l’aliment, ni rien. Quand je suis arrivé ici, je labourais avec les bœufs. A l’époque, on faisait avec le blé 10 pour 1 (soit environ 8 quintaux contre 80 quintaux aujourd’hui). Le premier aliment qu’on a connu c’était du B33, c’est Mr Flous qui nous l’a fait connaître. C’était sur le foirail au cochon à Cazères : « Vous pourriez gagner un peu plus d’argent, si vous donnez de l’aliment. » ça s’est lancé comme ça.
Le CIVAM, c’était important à l’époque; à une réunion sur le développement, on avait eu 80 participants! Dans les dernières, sur les plantes médicinales, il y en avait une quarantaine.
Les réunions se passaient à l’école, là où il y avait la cantine. (I.Sajous)

(voir histoire du foyer)

Texte préparé par Danielle et Claude Zanconato d’après les témoignages des personnes citées. Nous les remercions.