MEMOIRE DU VILLAGE DE 1900 à1960

LA SANTE

(Travail collectif réalisé par le foyer rural de Mondavezan et les «Anciens» du village.)

Le Docteur? On n’allait pas le chercher souvent. Il faut dire qu’à l’époque, on était rude! On se soignait tout seul avec les moyens du bord. Et puis, on n’avait pas la sécurité sociale(1).

Les divers témoignages de nos «anciens» nous montrent bien, qu’en ce début du XX°siècle, les rapports avec la santé étaient très différents de ceux que l’on connaît aujourd’hui.

Le docteur, qui n’était pas encore «mon médecin» parcourait la campagne en voiture à cheval, à bicyclette, quelquefois même à pied et plus tard bien sûr, en voiture dont cette corporation a été un des premiers usagers.

A Mondavezan, il n’y avait pas de médecin. Ils étaient établis à Cazères, au Fousseret et à MartresTolosane.

Sont cités, suivant les époques, les docteurs Lafforgue, Doméjean, Broca, Tourte, Courtade, Pujol, Mas (gendre du docteur Tourte).

Au fil des mots, nos témoins de ce passé nous restituent un peu de leur enfance, de leur jeunesse, de leur perception de la médecine à travers leur vécu ou celui de leurs parents.

Ecoutons ces voyageurs du temps.

LES PLANTES 

__ Si on était enrhumé, on se soignait avec des tisanes, farine de moutarde et ventouses².

Pour le mal au ventre, c’était la camomille. Si on n’était pas bien, c’était le tilleul, la verveine et le serpolet. (MF)

__ L’infusion de feuilles de mauve pour soigner la constipation soit en tisane, soit en lavement. (TC)

__ Le collier d’ail : Un gamin qui pleurait sans arrêt en se frottant le nez, c’est sûr, il avait des vers! On lui mettait un collier d’ail autour du cou, on lui faisait manger une soupe d’ail, et plus de vers! On pouvait dormir tranquille!

Et une feuille de lierre autour d’une plaie infectée aspirait le pus… pas besoin d’antibiotiques ! (OS) 

Les pointes de ronces pour les angines, la guimauve pour adoucir la gorge, comme l’huile de foie de morue sont encore encrés dans l’esprit de tous.

Les enveloppements à la moutarde

__ Je me souviens de notre voisine, Marie qui avait des convulsions pulmonaires. Le docteur avait dit à ma mère :

« Toutes les deux heures, vous lui mettez 24 ventouses et une heure après, un enveloppement à la moutarde. Et ça pendant une semaine. Quand elle vous dira que ça commence à être froid (elle n’aura plus de fièvre), elle sera sauvée. »

Quelques mois plus tard, c’était Maria qui était malade.

Le docteur a dit à sa fille : Allez voir madame T, elle vous montrera comment faire les enveloppements. » Maman y a passé la nuit. (D. T)

__ Moi, j’ai eu une congestion pulmonaire à 2 ans. Le docteur m’a soigné et guéri avec des enveloppements de moutarde. J’étais rouge comme une écrevisse cuite. (J.T)


LES ACCIDENTS DOMESTIQUES ET DU TRAVAIL

A cette époque, dans toutes les maisons, il y avait en permanence un chaudron suspendu
 à la crémaillère de la cheminée pour les besoins domestiques.

Un souvenir brûlant 

__ Un jour, je devais avoir 6 ou 7 ans, j’étais dans la cuisine avec ma grand-mère et je n’arrêtais pas de gesticuler devant la cheminée.

« Tu vas tomber dans le chaudron ! »

Et voilà « mon cul » dans le chaudron bouillant qu’elle venait de descendre !

Je suis sortie en hurlant de douleur !

Mes parents qui labouraient un peu plus loin sont arrivés en courant et sont partis chercher le docteur à Cazères, sans doute avec le cheval, je ne me rappelle pas bien.On m’a mis des cerceaux avec des ampoules électriques pour chauffer la brûlure. L’usine électrique avait été laissée ouverte ( elle devait fermer au mois de mars) pour que ça continue à chauffer. Ca faisait des croûtes et ça m’a valu je ne sais combien de mois sans marcher. Il a fallu me réapprendre.(CA)

__ Quand j’étais âgée de 18 mois, le jour de Pâques, je suis tombée dans le chaudron et j’ai eu le bras brûlé. (OS)

Les Puits 

__ Dans une ferme, ils utilisaient l’eau du puits et, sur ce puits, les poules s’y couchaient et les fientes tombaient dans l’eau. Madame L. la mère, une quarantaine d’années, est décédée de la fièvre typhoïde. Son fils avait été atteint mais on l’ a sauvé en 1944. (D.T)   

Un Noël …piquant !  

__ Moi, je suis née en 1910. Dans les années 50, j’avais pris froid en gavant les oies, la semaine avant Noël et c’était descendu dans les poumons. Le docteur me piquait à la pénicilline, sinon, je crois que je n’aurais plus été là.

Il m’a fait la dernière piqûre le jour de Noël et il m’a dit :

Vous vous en souviendrez de cette dernière piqûre. Mais, attention, il faudra vous habiller chaudement tous les hivers pour ne pas reprendre froid, sinon !!! (L. B)

Les relations entre les médecins et les patients 

_ Quand on était malade, pour prévenir le docteur, on prenait le vélo. On attendait 7h, (il ne se levait qu’à 7h). Il vous disait : « Je passerai dans la matinée et je repasserai mercredi. » On allait payer sa femme. Et il faisait les accouchements. (F.C) 

_ Le docteur, il n’était pas commode ! Il se promenait toujours avec une espèce de bouledogue dans sa voiture. Un jour, elle est tombée en panne et il a fallu que mon père la tire avec les bœufs au bout de la côte. Dans la descente, elle a démarré.(D) 

Il n’était pas rare que des conflits éclatent entre le docteur et les patients récalcitrants à la médecine « officielle ». 

__ Un jour, quelqu’un s’est blessé avec un outil, peut-être une fourche. Pour se soigner, il a posé sur la plaie, un emplâtre de fumier. Le docteur est arrivé et lui a demandé d’enlever cet emplâtre pour désinfecter la plaie. Le blessé n’a rien voulu entendre. Le docteur, très en colère devant son obstination et son impuissance à exercer son métier, est parti en lui disant : « Tu vas en crever! » et il en est mort !

__ Un pépé s’était blessé dans un bois. Pour se soigner, il a pissé sur la plaie. Ça s’est infecté et il a appelé le médecin. En arrivant, le docteur lui demande ce qu’il avait fait.  –  M’y soui pichat ! » (je m’y suis pissé).  Et le docteur lui a répondu : « Cagot y arro! »(cague-t-y maintenant).  Le pauvre homme a eu la gangrène.(JG)

Accouchements

Les bébés naissaient presque toujours à la maison avec l’aide des médecins ou des sages-femmes. 

__ Elle s’appelait « Coquette ». C’était la jument de la sage-femme de Mondavezan,surnommée « la Mounic » que j’ai bien connue. Elle ne m’a pas fait naître mais elle s’occupait de moi. Elle me trouvait chétif et me faisait bénéficier des échantillons de sirop qu’elle recevait des pharmacies.

Elle avait appris le métier et ne faisait que ça, intervenant aussi sur Sana et Lescuns. Elle partait sur son chariot rempli de couvertures et allait dans les maisons pour les accouchements . (JG)

__ La sage-femme, a dû nous faire naître tous. Elle suivait la maman après l’accouchement. Moi, j’ai accouché en clinique à cause de ma santé, et c’était le médecin de famille qui me suivait. A cette époque, la sage-femme était trop vieille.

Quand ma sœur a accouché, son mari est allé à vélo, téléphoner au village à quatre heures du matin. Le docteur est arrivé en voiture. C’était en janvier, il faisait très froid. Pour réchauffer la pièce, on a fait une flambée dans le fond d’une lessiveuse avec de l’alcool.

Les mamans allaitaient les nourrissons au moins jusqu’à deux ans. Mais, pour mes enfants, j’ai fait des biberons avec du lait « Guigoz ». ( H V)

__ Même si les enfants étaient prématurés, ils naissaient à la maison. Mon fils faisait 2,300kg, il a fallu le surveiller, le peser tous les jours pour voir s’il prenait bien. (IS) 

__ On accouchait à la maison. Aux premières douleurs (on ne disait pas contractions), on allait vite chercher la sage-femme ou le docteur, et les voisines venaient faire bouillir l’eau en grande quantité et attendaient, en spéculant : « Elle le portait en avant, c’est un garçon ! Mais non, elle avait le masque, c’est une fille ! »

       Après, on restait huit jours au lit, le ventre bien bandé. Et pour le bébé, c’était pareil, il était serré de partout : une bande lui entourait les reins et le ventre, et on mettait une pièce sur le nombril pour qu’il rentre bien et que l’enfant n’ait pas de hernie. Chaque jambe était emmaillotée séparément pour tenir bien droite et on lui mettait un bonnet pour éviter que les oreilles ne se décollent. Le pauvre ! Une vraie momie ! Mais c’était comme ça ! (JL, Finestrou n°28, août 1989)

__ Je suis née en clinique pendant la guerre. Mon père était à la guerre, ma mère était loin de partout, alors elle était partie à La Grave, en car avec sa mère. Il fallait partir en avance. Mais, comme il y avait des bombardements, ils avaient descendu les femmes par sécurité. J’ai toujours été angoissée par les avions et j’ai entendu dire un jour à la télé que cela pouvait venir d’une angoisse avant la naissance. J’en ai conclu que ça venait de là. (B)

(1)Création du régime de la sécurité sociale par ordonnance le 4/10/1945
 (2) Les ventouses : Ampoules de verre appliquées sur la peau pour y produire une révulsion locale en raréfiant l’air. (révulsion : irritation locale pour faire cesser un état congestif ou inflammatoire). La méthode consistait à enflammer un morceau de coton dans la ventouse et de retourner celle-ci sur le dos ou la poitrine du patient.
(3)Les enveloppements à la moutarde : farine de moutarde étalée sur une gaze imbibée d’eau très chaude. On entourait le buste du malade avec cet emplâtre et on maintenait très serré avec un linge blanc.