La maison hantée

 

Quand nous avons relevé des témoignages sur la vie d’avant à Mondavezan, une personne dont je ne me rappelle plus le nom nous a dit si nous savions l’histoire de la maison hantée de Mondavezan. cette personne nous dit que dans une ferme du village un petit garçon et sa grand-mère subissaient des sévices par une chose invisible. Je me suis renseigné sur des archives et j’ai trouvé qu’il s’était bien passé des choses extraordinaires sur Mondavezan dans une ferme aujourd’hui détruite et qui se situait dans le quartier de Mahourat, près du village.

     Voici les deux documents retrouvés. En définitive, c’est un petit garçon d’environ 10 ans et de son grand-père qui sont concernés par cette histoire.

article du 25 12 1897

article du 25 12 1897

LE MERVEILLEUX A MONDAVEZAN

Monseigneur,

Aussitôt libre, je m’empresse de vous satisfaire ; je le ferai en toute simplicité et avec la plus entière bonne foi ; désireux de voir clair dans une affaire où personne, sauf quelques médecins matérialistes, n’a voulu se prononcer. Voici les faits :

Le 31 octobre 1897 veille de la Toussaint, j’ai fait faire la première communion dans la paroisse où je suis curé depuis deux ans seulement. A cette première communion a pris part le jeune Jean Lacaze, âgé de douze ans ; cet enfant sera un des héros des faits merveilleux ou extraordinaires qui se sont passés ici. Les parents du jeune enfant, c’est-à-dire son père et sa mère, ses deux grands-pères et sa grand-mère maternelle l’accompagnent à la table sainte ; et cette famille, je puis le dire, est la plus honnête et la plus chrétienne de la paroisse.

Le 3 novembre, les faits extraordinaires commencèrent à se produire. Voici comment : Le mercredi au matin, ces pauvres gens furent fort étonnés de voir leurs animaux détachés dans l’écurie ; ils n’y attachèrent pas d’abord grande attention ; mais tous les jours et de plus en plus fréquemment les animaux se trouvant détachés, la famille s’émut et des bruits circulant déjà qui ajoutaient à ce qui se passait, ces braves gens vinrent m’avertir.

Je n’ai pas tout d’abord pris au sérieux ce qu’ils me disaient, croyant que s’il y avait quelque chose, ce serait transitoire et pas de de nature à émotionner ma population.

Mes prévisions ne se sont pas réalisées. Le lundi 15 au matin, je me rendis dans la maison, et je pus constater que les animaux étaient détachés et qu’on ne les avait pas plus tôt attachés que les chaînes tombaient d’elles-mêmes sans que personne les touchât ni que les bêtes fissent le moindre mouvement. Du temps qu’on enchaînait une vache, l’autre se détachait, et des témoins ont constaté que ces faits se sont produits trente-six fois dans une demi-heure.

On a eu beau les attacher de toute façon, rien n’y faisait. Les cordes et les objets de bois étaient brisés, les chaînes tombaient d’elles-mêmes ; et les fils de fer avec lesquels, par cinq ou six tours, on fixait les anneaux, se trouvaient déroulés en moins d’une demi-seconde sans que personne pût s’en apercevoir. Et ce qui était encore [p. 367] plus fort, c’est que les instruments dont on se servait pour enrouler le fil de fer disparurent et qu’on ne les trouva plus. Devant la persistance de ces faits, ces pauvres gens, sur mon conseil, conduisirent leurs vaches dans l’écurie d’un propriétaire voisin, et depuis ce moment, rien ne s’est plus passé auprès des animaux.

Mais les choses n’en sont pas restées là, au contraire. Ces faits ont, si je puis le dire, changé de scène ; au lieu de se produire à l’écurie, ils se sont produits dans la maison d’habitation contiguë à l’écurie.

Et tous les jours depuis ce moment, dès le lever du soleil jusqu’à son coucher, presque jamais pendant la nuit, il n’est pas de mauvais tours qu’une main invisible n’infligeât à cette pauvre famille. Les chaises tombaient d’elles-mêmes, le dossier en avant, les portes étaient enlevées de leurs gonds et renversées, les instruments d’agriculture, même les plus lourds, se laissaient aller ou se décrochaient sur le passage d’un membre de la famille, particulièrement le jeune enfant et son grand-père paternel, mais sans jamais pourtant leur faire aucun mal, quoiqu’ils fussent quelquefois touchés. Les clefs des portes étaient enlevées et disparaissaient au point qu’on ne les a plus retrouvées. Les assiettes tombaient de la table et se mettaient en morceaux ; les bouteilles étaient renversées, roulaient de la table sur le parquet en briques, et elles ne se brisaient pas. Les verres d’une pendule furent brisés, le balancier disparut, mais on le retrouva tordu. Les linges du ménage étaient véritablement déchiquetés, et plus on les remplaçait, et plus on mettait de l’obstination à les déchirer.

Je pourrais vous raconter mille et mille faits de ce genre, mais la nomenclature en serait trop longue, je m’arrête à un seul que j’ai vu de mes yeux. Un soir, vers six heures et demie, la femme de la maison vint en pleurs me prier de me rendre chez elle où, disait-elle, ils ne pouvaient plus habiter, tant ils étaient tourmentés.

Ils étaient en effet assaillis par une foule de petits objets tels que balais, plumeaux, morceaux de bois ou de pain, linges, paniers, etc., qui leur tombaient dessus sans qu’ils pussent voir d’où ils venaient. Ces objets étaient cependant tous dans la cuisine où se chauffaient ces braves gens. Je me rendis aux instances de la pauvre femme ; mais à mon arrivée tout cessa ; je restai avec eux environ une heure durant laquelle je ne constatai rien. Mais au moment de partir, nous étions tous debout, les uns près de la porte, le grand-père, l’enfant et moi à un mètre du foyer, l’enfant tenait son grand-père par un pan du manteau, j’étais devant eux, lorsque, tout à coup, je vis passer au milieu de nous un bâton de soixante centimètres de long, assez volumineux, ce bâton qui servait de tisonnier était parti du foyer, passa au milieu de nous sans nous toucher et alla tomber à peu près à deux mètres d’où il était parti. Si j’y avais pris garde, j’aurais peut-être pu le saisir au passage.

Le même soir, un quart d’heure après, j’ai vu devant moi la [p. 368] casquette de l’enfant enlevée de sa tète et projetée à huit ou dix mètres, nous l’avons retrouvée après des recherches.

J’avais déjà averti l’autorité ecclésiastique qui d’abord eut l’air de traiter sérieusement la chose, mais qui s’effaça ensuite.

Ces faits n’en continuaient pas moins, ils prenaient même un caractère tout personnel, puisque dès ce moment ils s’attachèrent tout spécialement à deux membres de la famille. En effet, durant quinze jours, le grand-père Jean-Pierre Lacaze et son petit-fils Jean furent victimes de mille tracasseries. Ils ne pouvaient sortir autour de la maison sans être frappés par des pierres, des bâtons, quelquefois même des couteaux, des pommes de terre, des navets et toutes sortes d’autres objets. Le pauvre vieillard et aussi l’enfant ont vu quelquefois leurs habits déchirés, leur couvre-chef enlevé et jeté sur un toit, dans une mare on ailleurs. Enfin mille tracasseries qu’il serait trop long de mentionner,

Mais c’est surtout le 8 décembre, jour de la Nativité, que nous avons assisté durant toute l’après-midi, sans une minute de répit, à des scènes épouvantables et écœurantes. Le jeune Jean Lacaze a été roué de coups si violents quelquefois que le pauvre enfant ne cessait de se plaindre, de crier, de pleurer et de se tordre sous la violence du mal. Il ne pouvait faire un pas sans être violemment renversé. Transporté au presbytère où je l’ai béni, il a toujours ressenti les mêmes coups invisibles qui ne laissaient sur lui aucune trace. Il n’a eu un moment de soulagement que devant l’autel de la Sainte Vierge durant la récitation du chapelet. Mais à peine étions-nous sortis de l’église que les mêmes faits se sont reproduits, si violents quelquefois que l’enfant perdait connaissance et la parole. On le frappait sous ma main, sous un grand crucifix même que je lui mettais sur la poitrine.

A la nuit, vers sept heures, l’enfant a demandé à être conduit auprès d’une génisse qu’il affectionnait et qu’il soignait particulièrement ; auprès de cette bête, tout s’est calmé, et quelques instants après il a pu prendre son repas après lequel il s’est mis au lit et a bien dormi.

Mais le lendemain matin, les mêmes faits se reproduisirent ; l’enfant voyait des animaux fantastiques sous la forme d’un renard, d’un veau, d’une bête fauve vers lesquels il était attiré.

Ces animaux invisibles pour nous tous, l’enfant les voyait déjà la veille. Ce pauvre malheureux resta dans cet état jusqu’au 16 décembre. Avec la génisse, il était calme, il pouvait avec elle, aller partout, mais dès qu’on l’en séparait, les crises revenaient et il était infailliblement renversé ; il se relevait, mais pour tomber encore. Les médecins furent appelés, et leurs opinions furent diverses suivant qu’ils virent l’enfant dans un état de crise ou de calme. Il était fou, épileptique, et mille autres choses, il fallait le soigner tout spécialement dans une maison particulière si on voulait le conserver. Or, on ne fit rien de ce que disaient ces messieurs. Nous nous contentâmes dans la paroisse de [p. 369] faire une neuvaine à Notre-Dame de Lourdes. L’enfant, dès les premiers jours, alla mieux, put se passer de la génisse dès le jeudi, nous annonça que le jour de la clôture, le 19 décembre, il viendrait servir la messe ; il y vint en effet, et dès ce jour, peu à peu toutes les tracasseries cessèrent, et l’enfant n’a absolument rien en ce moment, il se porte très bien, et on n’a plus rien vu dans la famille.

Excusez, Monseigneur, mon inexpérience à raconter ces faits, et croyez que je serais content si je pouvais éclaircir cette question des faits de Mondavezan dont on a tant parlé. L. BOYER, curé de X

Article paru dans la Revue du monde invisible N°6 du 15 novembre 1898

L’article est signé L. Boyer curé de X

Il se situe de la page 366 à 369

C’est une lettre adressée à Monseigneur Elie Méric qui est le créateur et le rédacteur de cette revue publiée de 1898 à 1908

Ce numéro 6 est proposé au prix de 85 € sur internet en 2016

Cette maison hantée se situerait à Mahourat.

journal-la-lanterne-25-12-1897

Le journal national politique quotidien La lanterne écrit dans son numéro du 25 décembre 1897 :

« Haute-Garonne. Toulouse. 23 décembre. Il n’est bruit à Mondavezan et dans les environs que des faits extraordinaires dont serait le théâtre la « maison hantée ». Ces faits considérablement grossis par les racontars, seraient l’œuvre d’esprits malins qui prennent plaisir à tout casser dans la maison, les animaux se détachent d’eux-mêmes et les liens les plus solides tombent comme par enchantement. Les chaises se renversent, les meubles se déplacent, les portes sortent de leurs gonds et vont s’abattre au milieu de l’appartement.

Un vieillard et un enfant seraient aussi l’objet des tracasseries des esprits destructeurs ; l’enfant surtout serait le plus maltraité. Une main invisible lui distribuerait des coups, déchirerait ses habits.

Comme bien on pense, le clergé n’a pas manqué cette occasion d’exploiter la crédulité publique. On organise des cérémonies religieuses en vue de chasser le mauvais esprit, et les naïfs racontent déjà que la maison hantée reprend son aspect ordinaire pendant qu’à l’église une demie-douzaine de dévotes récitent le chapelet ; mais dès que les prières ont cessé, le tintamarre recommence.

Tels sont les faits que l’on raconte et auxquels certains ajoutent foi. Il est évident que l’enfant « possédé » de même que son grand-père sont dans un état psychologique particulier et qu’un médecin pourrait bien, s’il était écouté, avoir raison des « mauvais esprits » sans avoir recours à l’eau bénite dont l’inefficacité est aujourd’hui démontrée. »