LA FETE A MONDAVEZAN

 

On a toujours fait la fête à Mondavezan et tous les souvenirs que nous ont contés les plus anciens en témoigne. Dans les bals, il y avait de l’ambiance sans avoir besoin d’orchestre de renommée. Après la fin de la guerre 1939-45 fut la belle époque des bals populaires. L’essentiel était que les gens s’amusent. Les pistes de bal étaient envahies dès les premiers sons de l’orchestre par toutes les générations confondues. L’accordéon avait sa place privilégiée dans ces années-là avant de laisser sa place aux cuivres. Aujourd’hui, il revient en forme pour des bals rétro qui ont de plus en plus d’adeptes, déçus par ses pistes de danse désertées où le spectacle des orchestres prend le dessus sur sa fonction qui est de faire danser le plus grand nombre.

LA FETE LOCALE A MONDAVEZAN

LA FETE DE SAINT-MICHEL

A Mondavezan, il n’y a pas de souvenirs d’aubades, une tradition qui existait dans de nombreux autres villages. Les musiciens faisaient le tour de la commune sur un char, accompagnés par le comité des fêtes, chantant et jouant afin de récolter des offrandes, une sorte de quête pour aider à financer la fête. Dans les années 2000, il y a des tentatives du comité des fêtes de Mondavezan d’en créer, mais cela ne s’est fait que sur une partie du village.

« La fête locale ou la ‘Baloche’ comme on disait avait lieu pour la Saint-Michel, fin septembre ou début octobre. » (Lucien Marrequestre)

« Ce n’est qu’en 1969 que fut changée la date pour permettre aux enfants de profiter du lundi quand la rentrée scolaire fut avancée en septembre. La fête,c’était l’occasion d’étrenner les beaux habits et le droit d’aller danser. »(Thérèse Cazeneuve)

« Pour la fête locale, on invitait la famille au complet qui se retrouvait réunie, ainsi, au moins une fois par an. Ce n’était pas des grandes fêtes comme maintenant. L’école n’avait pas repris. Elle ne reprenait que début octobre. C’était l’occasion de faire le grand nettoyage de la maison. C’était aussi une coutume » ( Clémentine Arrouy).

« Les vêtements, nous allions les acheter chez Mme Anglade à Cazères. Il fallait faire la fête.

Alors, on tuait un bœuf de 1000 kg. C’était une belle bête. Le boucher de Martres venait près de l’église pour la tuer le mercredi. Tout le monde venait la voir. D’un coup de « merlin », le boucher abattait la bête. On la pendait à l’arbre, on la saignait. Le sang coulait dans une rigole qu’on avait creusée avant. Le jeudi, on distribuait le foie. Le vendredi, les gens allaient chercher la viande. Et le samedi, les femmes passaient devant le fourneau préparer le repas de la fête.

Pour le menu, à Francon, c’était daube et à Mondavezan, c’était le pot au feu et crème anglaise. Il n’y avait pas d’apéritif mais des digestifs : Carthagène, eau de vie. Au sortir de la guerre de 45, le pastis fait son apparition. On n’en connaissait pas les dégâts et un abus pouvait entraîner des hospitalisations : cause jaunisse. Le pastis m’a envoyé à l’hôpital, il faisait chaud et j’en ai bu plus que de raison, deux mois hospitalisée pour cela. »  (Henriette Vidal)

« Le boucher de Martres venait près de l’église pour tuer des bœufs le mercredi. On ne mangeait pas de la viande tous les jours mais, pour la fête, on se foutait de l ’argent. »  (Denis Turbide)

« La tradition, bien sûr, il y avait bouilli, gras-doubles, poulets, dindes, croustades. On se gavait. (Titou)

 

La fête, c’était les jeunes qui s’en occupaient

« Seuls les garçons s’occupaient de l’organisation de la fête. Au début des années 1950, les jeunes entraient au comité l’année avant de passer le conseil de révision pour une durée d’environ 3 ans. C’étaient les conscrits qui organisaient la fête et participaient financièrement. »(Denis Turbide)

« Plus tard, ils allaient aussi solliciter les habitants pour une aide financière en organisant une quête, comme cela existe d’ailleurs encore aujourd’hui. Il fallait une fête pour tous.
Il n’y avait pas de demoiselles au comité. Les jeunes filles vendaient des cocardes le dimanche après midi. »(Odile Saint-Blancat)

Dans les années 60 et 70, les organisations de la fête locale se déroulent de la même manière. Ce n’est plus les conscrits qui l’animent. Mais, c’est toujours les jeunes qui sont à contribution, ils débutent plus jeunes, apprennent auprès des plus anciens et, leur tour venu ils en prennent les rênes. Le garde-champêtre, Honoré Senges supervisait.
Aujourd’hui, c’est toujours eux qui mènent le bateau, c’est la coutume à Mondavezan.

 

Un seul orchestre pour trois jours de fête

« J’ai fait partie du comité des fêtes avant 1952, date où je pars au service militaire. C’était ma troisième année. Nous devions contacter l’orchestre, le seul engagé pour les trois jours de fête : samedi soir, dimanche après-midi et soir, le lundi avec la messe suivie par la cérémonie au Monument aux morts, le défilé de l’église au pré commun, l’apéritif-concert, le bal de l’après-midi, le soir jusqu’à une heure du matin, guère plus tard.
Il fallait planter les poteaux pour l’éclairage de la piste de bal, monter le podium pour l’orchestre qui était au centre de la piste qui d’abord était polygonale avant de devenir circulaire et plus grande. Il fallait faire la quête dans la commune.
Les musiciens étaient logés et nourris par les familles du secteur. C’était à la bonne franquette. D’une année à l’autre, certaines prenaient le même, pour dire que des liens d’amitié s’établissaient.
Dans les années 1950, c’était le groupe de M. Julia qui venait de Toulouse. Il n’oubliait pas de faire danser les anciens avec le Quadrille et autres danses, surtout le lundi soir qui était davantage la fête des Mondavezanais. Dans ce groupe de six musiciens, il y avait le célèbre et comique Toto qui avait toujours une histoire ou une chanson dans son répertoire. Je me rappelle qu’auparavant, il y avait un groupe qui rassemblait François Turbide de Mondavezan, Senat d’Alan, Duclos de St Michel, Massip de Belbeze, Dubois de Cazères. »
(Denis Turbide)

Dans les années 60 et 70, l’orchestre des frères Dupré de Cazères animaient la fête.»

 

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Le pré commun et ses marronniers où se déroulait la fête locale avant la construction de la salle polyvalente. On peut voir sur la gauche de la photo, la partie cimentée qui servait de piste de danse et de terrain de basket.

 

Dans les années 1950, les souvenirs foisonnent autour de la piste du bal

« La piste de danse était hexagonale et entourait le podium non couvert où se tenait l’orchestre. On dansait autour. L’aire avait été cimentée par l’entreprise qui avait utilisée le Pré commun pour fabriquer les poteaux électriques en 1936. En contre partie de ce prêt, elle a réalisé cette aire bétonnée. Il y avait un chapiteau avec un orchestre en bois, qu’on montait et qui était magnifique. Je crois qu’il a été brûlé. »(Lucien Marrequestre)

« Quand nous étions jeunes, la fête ne se faisait que le dimanche et le lundi. On faisait la quête dans les maisons. Avant la guerre de 14, la fête se faisait à deux endroits et sûrement sur une seule journée. A mon époque c’est Ferdinand (Cahuzac, le garde champêtre) qui installait l’électricité pour la fête. Il fallait tout  préparer, couper l’herbe. A l’époque, le kiosque était octogonal et la piste aussi. Les rampes partaient comme un chapeau chinois. Il y avait beaucoup de bazars. On dansait sur la terre battue. »(Jean Turbide)

 

« Les garçons invitaient les filles sous le regard curieux des vieilles dames qui surveillaient les couples qui se formaient. Il y avait des garçons qui invitaient les filles qui ne pouvaient refuser par pure politesse même si on aurait aimé les éviter. Dire non aux gens du village était mal vu. Il fallait demander la permission aux parents pour inviter une fille à danser avant la guerre. Que de commérages à se raconter les jours suivants! »

(Thérèse Cazeneuve)

« A cette époque, on n’ avait pas peur de s’amuser. Même s’il fallait se lever le matin pour aller travailler, on n’hésitait pas à faire la fête. »(Dangla)

« J’allais à la fête mais, j’avais ma mère derrière et elle n’était pas commode celle là. On y montait tous ensemble, avec les voisins. Après, dans la nuit, on partait dans la campagne faire des « tustets ». On ferait ça maintenant, on prendrait des plombs dans les fesses. »(Titou)

« Lors du mariage de Michel Péré (Marius) dans les années 1950, le bal s’est fait au pré commun, le samedi soir pour la fête. Comme il s’appelait Michel, il avait a choisi la Saint-Michel pour se marier et a payé l’orchestre de la soirée.

Le dimanche après midi, après le repas qui se terminait assez tard et les vêpres, on allait danser jusqu’au coucher du soleil, on rentrait pour le repas du soir, à pied toujours puis on repartait au bal. On rentrait avec les chaussures neuves à la main à cause des ampoules qu’elles nous avaient occasionnées, mais aussi pour ne pas les user.

Le lundi, il ne restait plus que les gens du village. C’était notre fête : messe aux monument aux morts, apéritif-concert, jeux pour les enfants, bal et bataille de confettis.»(Henriette Vidal)

 

Les attractions évoluent suivant les époques

« Après la dernière guerre, il n’y avait pas grand-chose. M. et Mme Autenac, épiciers à Martres avaient leur bazar où ils ne manquaient pas friandises, petits jouets, pétards, confettis, pistolets à eau et à capsules qui faisaient la joie des plus jeunes.
Un certain Maurice a ensuite fait quelques temps. Ensuite, Charles Rétoré, « Charlot » bien connu des candidats au permis de conduire de l’époque 1950 à 1970, prendra le relais. A partir de 1950, les autos tamponneuses feront leurs apparitions. ».
Les enfants étaient occupés toute l’après-midi du lundi avec des jeux : course en sac, course de vélo, course avec une brouette où l’on mettait une grenouille dessus. Il y avait des malins qui discrètement lui coinçaient une patte entre deux planches de la brouette afin de pouvoir effectuer la course à vive allure sans risque de la perdre. Il y avait aussi la course à la patate ou à l’œuf déposé dans une cuillère à soupe que l’on tenait entre les dents.
Pourquoi ne pas parler également de l’épreuve des cruches? Une corde était tendue entre deux arbres à 3 ou 4 mètres du sol. C’est là qu’on suspendait cinq vieux pots en terre qui avaient servi pour conserver le confit. Ces pots contenaient un de l’eau, un second du sable, le troisième de la plume d’oie, le quatrième des confettis et enfin, le dernier un paquet de bonbons, ou un jouet. Les joueurs n’en connaissaient pas le contenu et devaient casser les pots, les yeux bandés. C’est là que la surprise et les rires arrivaient.
Il y avait aussi le tir à la corde et d’autres jeux qui étaient un moment de détente pour tous.
Quinze jours plus tard, nous avions la refête. Il n’y avait en principe qu’un bal animé par le même orchestre de la fête de la Saint-Michel. »

(Denis Turbide)

Les pétards n’étaient pas sans dangers et furent bientôt interdits. Charles Todeschi se souvient « qu’il avait brûlé la poche de son costume tout neuf. »

Alfred Todeschi se rappelle « un jeu ou il fallait lancer une boule qui tournait sur une surface circulaire. Cela coûtait 5 francs la partie. Lui et quelques autres ont payé des parties avec un 5 francs en chocolat et le camelot n’y vit que du feu. Ces pièces étaient très ressemblantes aux originales. »

« La fête du village était belle avec des manèges dont ces diables de «chaises volantes. »(Odile Saint-Blancat)

« Le lundi après midi, des jeux étaient organisés : course en sacs, course avec une brouette, pêcher des œufs dans l’eau ou dans la farine, des tirs avec une balle sur des boites de conserve. Il y avait un jeu avec des cruches qu’il fallait casser et qui contenaient de la farine, de l’eau, de la cendre ou de la plume. »(Jean Turbide)

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Image de la fête locale de 1952 : le comité avait organisé une épreuve de course sur des véhicules non motorisés originaux. Sur ce cliché, on peut voir Roger Loubens sur un vélo ancien avec le pédalier sur la roue avant. Au milieu des admirateurs, on peur reconnaître Gaby et Thérèse Cazeneuve.

 

Claude Zanconato. 31 mars 2015

Ces témoignages ont été recueillis auprès des Mondavezanais en 2005. Merci à eux.