L’HISTOIRE DU FOYER RURAL DE MONDAVEZAN

L’idée de créer à Mondavezan une association qui rassemblerait toutes les activités du village se fit ressentir dans la fin des années 1950. En effet, il n’existait sur le village qu’ une seule activité structurée depuis 1940, le club de football. Une équipe de garçons disputait le championnat départemental. Le théâtre à Mondavezan existe depuis fort longtemps. Dans les années après guerre et jusqu’en 1955, cette activité permettait de financer le football. Les acteurs étaient des joueurs accompagnés de nombreuses femmes sous la direction de Mme Marie-Rose Courtiade. On faisait aussi de la musique: François Turbide initiait bénévolement des volontaires. C’est ainsi que de nombreux Mondavezanais apprirent la musique et créèrent plus tard des orchestres grâce à « l’oncle Turbide » qu’ils appelaient ainsi. On jouait aux boules et des concours de belote se déroulaient au café, deux fois par semaine.

LES PIONNIERS

Pierre Cazeneuve est militaire de carrière et animateur dans plusieurs activités. Il remarque vite que ces animations ont besoin d’un encadrement qui puisse les réguler. Il connaît un mouvement populaire, la Fédération Nationale des Foyers Ruraux qui pourrait être la solution. Il contacte M. Yvan Flous, professeur de cours agricoles à Cazères. animateur dans ce mouvement au niveau départemental .

Depuis sa création en 1945, le mouvement foyer rural prenait une importance grandissante dans le monde rural et dans l’animation des petits villages. Yvan Flous organise la rencontre du président de la fédération de la Haute-Garonne, M. Bousquet avec l’instituteur Laurent Boyer. L’association se met rapidement en route .

L’instituteur de l’époque, M. Laurent Boyer, secrétaire au club de football nous raconte:

« Un jour, à la sortie de midi, j’ai eu la visite de M. Bousquet, président des Foyers Ruraux de la Haute-Garonne. Il m’a vite fait comprendre l’importance que prendrait un foyer rural dans la commune de Mondavezan et quel apport cela serait pour la commune elle-même. J’ai tout de suite pensé à M. François Courtiade qui a tant fait pour Mondavezan. Nous sommes allés le trouver immédiatement et l’idée de cette création l’ayant tout de suite séduit, le soir même, après avoir prévenu M. Paul Lagarrigue, nous faisions la demande pour la création d’un foyer rural à Mondavezan. Ayant reçu les statuts, nous avons mis sur pied un bureau provisoire que l’assemblée générale qui s’est vite réunie a rendu définitif.

Nous pouvions fonctionner. Tout a été très vite. Nous avons occupé une grande salle désaffectée que tous les jeunes ont aménagée. Ils ont badigeonné les murs et le plafond, creusé une cave pour stocker les boissons, refait le plancher.

Le foyer était ouvert le mercredi soir, la samedi soir et le dimanche après-midi. A tour de rôle et durant toute la semaine, nous devions allumer le chauffage, faire le café, servir les boissons puis nettoyer la pièce.

Très vite, M.Lagarrigue a pu acheter une télévision. Il a fallu faire une cloison pour séparer la télé de la salle de jeux.

Au sein du foyer rural, M. et Mme Courtiade ont pu continuer ce qu’ils faisaient déjà depuis longtemps: préparer une fête théâtrale. Ils se sont dépensés sans compter et tous les acteurs de l’époque peuvent en témoigner. »

  1. Irénée Sajous, agriculteur et animateur de l’association témoigne :

    « Tout le monde était d’accord pour faire une association et « faire quelque chose ». On ne connaissait rien. J’ai tout appris sur le plan agricole avec le foyer rural. Quand quelque chose était organisé, tout le village participait. Il n’y avait pas d’activité fixe. »

L’association, loi de 1901 est déclarée à la préfecture le 4 janvier 1960.

Le premier bureau qui fut mis sur pied, à la suite de l’assemblée générale du 21 janvier 1960 avait la composition suivante:

Président : François Courtiade

Vice Président : Jean Mirepoix

Secrétaire : Laurent Boyer

Secrétaire adjoint : Roger Loubens

Trésorier : Paul Lagarrigue

Trésorier adjoint : Marcel Turbide

Membres : Aimé Barthe, Jean-Marie Duffourg, Joseph Dancède, Guy Boube, Constant Franco, Guy Ferrère, Pierre Lajous, François Labat, Gabriel Cazeneuve, Roger Tainton, Jean-Louis Bacqué, Pierre Cazeneuve.

Pierre Cazeneuve pris par sa fonction, militaire en Afrique, ne peut participer à l’entreprise comme il l’aurait désiré. Il démissionne. Les femmes prenaient une part très active dans les activités du Foyer mais il faudra attendre 1964 pour voir l’arrivée de Suzanne Bistes et de Jeanine Dario au sein du conseil d’administration.

Près de cent adhérents prennent la carte immédiatement. La cotisation est fixée à 500 F. A titre de comparaison avec les prix de l’époque, le timbre-poste était à 35F, 1 kg de sucre coûtait 125F, une éponge 100F, une ampoule électrique 165F, une consommation au Foyer 55F, 1 kg de charbon 185F et un déplacement en autobus sur Toulouse 10000 F.

Le Foyer achète un poste TSF 6000F en 1960 et un téléviseur en 1961, 215.000F. En 1962, on utilisera les nouveaux francs.

Le foyer rural devenait le lieu de rencontre de tout le village. Il prenait le relais de la disparition des trois cafés du village où se retrouvaient jeunes et moins jeunes pour discuter ou jouer aux cartes. Le dernier café du village, le café Roques ne voulait plus servir le dimanche et la recherche d’un local devenait une urgence. En 1963, le café sera acheté par Pierre Cazeneuve et les jeunes reprendront la place en la partageant avec la salle du foyer rural.

A l’ association, la municipalité offre un local prés de l’école communale. La pièce servait de vestiaires pour les écoliers et on y entreposait le bois de chauffage du poêle de l’école. Elle avait servi aussi de salle de classe selon les souvenirs de Léa Gros qui racontait qu’elle y avait pris ses premiers cours au début des années 1920. Cette salle était attenante à la classe des filles dans le bâtiment de droite. En 1966, cette pièce deviendra la cantine scolaire avant que le mur ne soit démoli pour agrandir la salle de classe. De nombreux bénévoles effectueront des travaux rapidement. Tout le monde était motivé et enthousiaste à cette initiative.

Les administrateurs décident les premières activités de l’association et en cours d’année nomment des commissaires de semaine.

LES COMMISSAIRES DE SEMAINE

A tour de rôle, les commissaires de semaine faisaient l’inventaire et rendaient compte à Paul Lagarrigue, le trésorier. Ils tenaient un carnet de tenue de comptes. Ils s’occupaient de l’entretien du local. Ils vendaient des boissons et un certain « punch » qui permettront de financer les premiers frais et contribueront à effectuer les achats dont ce fameux téléviseur qui fut un grand évènement à Mondavezan.

Le mardi 1 novembre 1960, le premier commissaire de semaine, Marcel Turbide prend l’organisation de la soirée. Après la soirée du 2 où se déroulait une séance de cinéma, la soirée du 5 et la matinée du 6, il remettait la première recette au trésorier, Paul Lagarrigue, la somme de 10.640 F. Les commissaires suivants seront: Gabriel Cazeneuve, Roger Loubens, Roger Tainton, François Labat, Henri Lagarrigue, Constant Franco, Jean Mirepoix, Laurent Boyer, Guy Boube, Jean Dougnac.

En juillet 1965, les commissaires de semaine seront remplacés par un gérant. Le premier nommé sera Constant Franco.

LES PREMIERES ACTIVITES

Le foyer rural ouvrait ses portes le jeudi et le samedi en soirée et le dimanche en matinée.

Les premières animations créées par le conseil d’administration seront : vulgarisation agricole, bibliothèque et football auxquelles s’ajouteront la belote et les boules.

Le cinéma suivra en février grâce à l’achat d’un projecteur et par la location de films par le biais de ligue française de l’enseignement. Des séances sont organisées par Jean Lalanne. Des séances gratuites étaient réalisées dans un premier temps mais seront supprimées en août 1961 pour cause de déficit. Il est concurrencé par l’arrivée de la télévision en 1962 et il n’y aura plus qu’une séance par mois.

Un premier voyage est organisée à l’occasion de la foire agricole de Toulouse le 24 mars 1960. Le 21 août de la même année s’effectue une sortie à Saint-Férréol par le Lampie et Les Cammasses avec 80 participants.

Le 21 janvier 1960, se structure la section Vulgarisation Agricole .Ce sera la principale activité du foyer durant de nombreuses années. Ces veillées attirent beaucoup de monde.

La première causerie agricole se déroule le 20 février 1960. Elle est présentée par Yvan Flous et a comme sujet les céréales de printemps, orge et avoine. L’agriculture était en pleine mutation et les agriculteurs avaient le désir de prendre le train en route. Au sein du foyer, Yvan Flous aidé de Irénée Sajous, Joseph Dancède et du Président François Courtiade réalisent et organisent des cycles de formation, des causeries pour les agriculteurs mais aussi pour leurs compagnes. On étudie toutes les nouveautés et on met cela en pratique par des expérimentations. Des conférenciers, des ingénieurs, des vétérinaires, des éleveurs se succèderont au fil des réunions. Les agriculteurs pouvaient poser toutes sortes de questions auprès des spécialistes. Des stages de plusieurs jours, parfois entièrement subventionnés, étaient mis sur pied dans des domaines très variés comme la gestion d’une exploitation. Des stages pouvaient durer dix jours, se déroulaient loin de Mondavezan, à Bois-Robert en 1964, à Champigny en 1966, à Saumur ensuite mais aussi à La Colle-sur-Loup et à Barcelonnette. Il y a eu aussi des voyages d’études à l’étranger, Italie…..

« Ils avaient compris, les habitants de Mondavezan, qu’au-delà de leurs contraintes et des difficultés de leur vie quotidienne, il était bon de se retrouver non pas uniquement pour leurs loisirs, mais pour se rassembler, se former, s’informer sur le devenir de leur village et les activités à y développer. »

ainsi parla M.Joseph Trilles le président de la fédération nationale des foyers ruraux lors de son passage dans notre village en 1990.

Le remembrement constituera un attrait passionné dans l’année 1963 et les suivantes.

A l’occasion des fêtes de Noël 1961, les administrateurs décident l’envoi de « douceurs » aux militaires mondavezanais incorporés en Algérie.

En 1962, la télévision entre dans l’association. Peu d’habitants avaient la possibilité de s’acheter un tel matériel. Les soirées d’ouverture étaient pleinement appréciées par un large public dès le 12 mai. Dans un premier temps, la télévision sera un moyen de rassembler les gens jusqu’à sa démocratisation qui donnera l’effet contraire. Les premières séances se déroulaient le mardi ou le jeudi, une fois par semaine, en soirée.

LA CONSTRUCTION DU FOYER

La proximité de cette salle avec les classes de l’école n’allait pas sans créer des problèmes de voisinage. De plus, les activités se multipliaient et séduisaient toujours plus d’adhérents. Une nouvelle urgence devenait d’actualité, celle de s’agrandir. Des conseillers municipaux perspicaces surent trouver des arguments efficaces pour convaincre le maire M. François Penent de l’utilité de la construction d’un bâtiment qui servirait à loger les activités culturelles et de loisirs du village.

Le conseil municipal décide la construction d’un bâtiment communal lors de sa réunion du 2 avril 1964. Le «  fameux champ » qui avait été acheté en 1911 dans le but d’ y installer la fête locale servira car y sera construit le bâtiment communal. L’association entre dans ses murs le 2 janvier 1966. Cette salle sera désignée et connue de l’ensemble de la population pendant très longtemps par « le Foyer ».

Le théâtre avait enfin une salle et une scène adaptées à sa fonction. Mme Courtiade s’empressa de fêter cela par un nouveau spectacle qui sera présenté lors de l’inauguration, le 23 avril 1966 devant 300 spectateurs.

Le 3 juillet, le Foyer organise son premier rassemblement départemental des foyers ruraux.

Le conseil municipal du 2 avril 1964 était composé de François Penent, maire et des conseillers Louis Gros, François Bacqué, Louis Blanchard, Marius Fourcade, Marcel Turbide, André Dignat, Jean-Louis Sudérie, Paul Vidal, Charles Todeschi, Jean-Marie Sourroubille, Jean Sentenac, Marius Lasserre.

Lors de la séance du 8 août 1964, le conseil municipal décide de répondre favorablement à la demande d’électrification du foyer rural.

Le 2 janvier 1966, il pourvoit à son ameublement par l’achat de 260 chaises, 40 fauteuils et de 12 tables.

Sources : Mme Loumagne ( le Finestrou), Thérèse Cazeneuve, Paul Lagarrigue, Claude Zanconato